{"id":49867,"date":"2023-01-18T15:40:41","date_gmt":"2023-01-18T15:40:41","guid":{"rendered":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=49867"},"modified":"2023-01-18T15:40:42","modified_gmt":"2023-01-18T15:40:42","slug":"ce-temps-qui-frappe-a-nos-portes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=49867","title":{"rendered":"Ce temps qui frappe \u00e0 nos portes."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai pas connu la douleur d\u2019une vie. Je crois, ou alors j\u2019ai perdu la m\u00e9moire. <br>Mon enfance fut sereine lorsque d\u2019autres l\u2019auraient v\u00e9cue \u00e0 stigmates et \u00e0 boursouflures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019o\u00f9 me vient ce sens du retournement&nbsp;? <br>Je n\u2019en sais rien, je cherche encore et ne trouverai probablement jamais car, finalement, peu m\u2019importe de le savoir. Comme un placebo en m\u00e9decine, je pourrais m\u2019inventer un leurre et y croire. Ce n\u2019est pas mon propos, je n\u2019ai pas d\u2019\u00e9corchures. Mon enfance fut un sourire permanent, tous les moments difficiles ont \u00e9t\u00e9 effac\u00e9s. Je sais qu&rsquo;ils m&rsquo;ont \u00e9veill\u00e9 au contraste heureux de la vie que je cultive aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma maison ne ressemble pas \u00e0 celle de mes jeunes ann\u00e9es, juste un peu mieux, tout y est h\u00e9t\u00e9roclite et sans int\u00e9r\u00eat particulier. Il n\u2019y a rien \u00e0 montrer ni de quoi \u00e9pater. C\u2019est un lieu de vie, banal o\u00f9 l\u2019on ne visite pas, on s\u2019assoit, on use un moment puis on part avec l\u2019envie de revenir. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout est simple comme un regard \u00e9tonn\u00e9 sur la vie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/IMG_1174.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-49977\" srcset=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/IMG_1174.jpg 1024w, https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/IMG_1174-300x200.jpg 300w, https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/IMG_1174-768x513.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens d&rsquo;un jour d&rsquo;octobre, un jour temp\u00e9tueux. Il \u00e9tait facile de se replonger quelques nombreuses ann\u00e9es en arri\u00e8re lorsque les murs, \u00e0 l&rsquo;isolation sommaire de nos maisons, \u00e9taient des oreilles point\u00e9es vers l\u2019ext\u00e9rieur. Des antennes auditives qui facilitaient la vision des intemp\u00e9ries, sans rien voir, tout dans le bruitage, v\u00e9ritables capteurs du temps mauvais. <br>Le vent devenu fou battait le noyer. Il l\u2019attrapait par le colbac pour secouer le brou b\u00e9ant qui r\u00e9sistait, un peu, puis crachait sa noix. On entendait le bruit sec d\u2019une coque qui frappait le muret. Je l\u2019imaginais roulant un instant avant de trouver refuge au pied de la sauge arbustive. Le pommier se faisait gifler par vagues successives mais il avait d\u00e9j\u00e0 tout perdu. Il subissait ces assauts pour rien. Des rafales en furie filaient droit devant, sans se soucier de ces pauvres arbres incapables de se mettre \u00e0 l\u2019abri, tentant tant bien que mal de garder l&rsquo;\u00e9quilibre sur un pied. Les branches, presque nues, chaloupaient, fouettaient un brouillard tr\u00e8s mobile, le montait en neige vaporeuse comme un blanc d&rsquo;\u0153uf pour \u00eeles flottantes&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pluie violentait les volets. Elle s\u2019abattait par flagellations obliques ou par seaux jet\u00e9s au gr\u00e9 d\u2019Eole omnipr\u00e9sent, en furie contre tout ce qui se pr\u00e9sentait sur son passage. La goutte qui s\u2019\u00e9crasait dans un coin du grenier, difficile \u00e0 rep\u00e9rer au bruit, me rappelait celle de mon enfance qui \u00ab&nbsp;flapait&nbsp;\u00bb dans une bassine salvatrice juste au-dessus de mon lit. Elle s\u2019\u00e9nervait parfois en augmentant le rythme de ses&nbsp;\u00ab flap flop&nbsp;\u00bb puis se calmait en attendant la prochaine tourn\u00e9e. Elle se reposait en attendant les prochaines col\u00e8res qui couraient depuis la vall\u00e9e..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme nagu\u00e8re dans notre vieille maison \u00e0 l\u2019installation \u00e9lectrique sommaire, la lumi\u00e8re jouait \u00e0 clignoter, faisait mine de s\u2019en aller, h\u00e9sitait sans \u00e9teindre ses lampes. Sur le t\u00e9l\u00e9viseur, les images se pixellisaient, se tordaient, se figeaient puis disparaissaient un instant\u00a0: \u00ab\u00a0le signal de la parabole est insuffisant\u00a0\u00bb. Le film, momentan\u00e9ment interrompu, nous replongeait dans la triste r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une temp\u00eate. Seul, le mirage des frayeurs de mon enfance secouait mon imaginaire friand de sensations fortes et contradictoires. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019hiver, la chemin\u00e9e \u00e9tait notre petite lucarne ouverte \u00e0 toutes les imaginations. Des histoires improbables d\u00e9filaient, repoussant ind\u00e9finiment le mot fin qui ne survenait qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure du sommeil. <br>Lors des pannes \u00e9lectriques, l&rsquo;\u00e2tre devenait plus lumineux encore et plus vivant lorsque le souffle qui bousculait les fils branlants sur le mur de la maison, ravivait une flamme en s\u2019engouffrant par le conduit de la chemin\u00e9e. Le refoulement nous embrumait d\u2019un brouillard de fum\u00e9e \u00e2cre, nous piquait les yeux, activait un raclement au fond de la gorge. Les histoires d\u00e9filaient dans un regard port\u00e9 sur la braise. Un tison encore trop vert moussait de bave grise, le jet soudain d\u2019une gerbe d\u2019\u00e9tincelles nous plongeait dans la pyrotechnie d&rsquo;un feu d&rsquo;artifice. Le clocher s&#8217;embrasait dans la nuit estivale de la Saint Laurent, un spectacle rejou\u00e9 dans notre chemin\u00e9e dans la nuit hivernale. <br>Seul, un coup de tonnerre nous tirait d\u2019un r\u00eave \u00e0 peine \u00e9veill\u00e9. <br>Un sursaut, un mouvement d\u2019\u00e9paule pour marquer la surprise et le conte merveilleux reprenait son cours sur une flamme danseuse de flamenco. Le feu s\u2019endormait alors que nous passions dans les bras de morph\u00e9e. Sur un choix de notre inconscient, une autre histoire nous transportait dans la magie d&rsquo;un monde inaccessible autrement que par la voie onirique. Des genres multiples et inattendus d\u00e9filaient durant le sommeil paradoxal. Ces nuits d\u2019hiver stimulaient l\u2019imagination, le froid install\u00e9 dans la chambre, jamais chauff\u00e9e, allumait des r\u00eaves \u00e0 la douceur infinie sous le molleton des couvertures empil\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le va et vient entre pr\u00e9sent et pass\u00e9 tr\u00e8s lointain est incessant. Cela me plait et m\u2019amuse. Cela me fait sourire, me replonge aupr\u00e8s des miens. <br>La vie actuelle s&rsquo;\u00e9claire au lampadaire du pass\u00e9 et clignote sur celle incertaine qu&rsquo;il me reste \u00e0 vivre&#8230;<br>Le pass\u00e9 me parle encore, l&rsquo;avenir ne me dit rien, il dort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un jour, je serai dans le n\u00e9ant. J\u2019aime me plonger dans cet absurde qui consiste \u00e0 imaginer l\u2019absence de tout. Un imaginaire possible de son vivant. On pense comme il nous plait en sachant que tout est fiction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis en suspension au-dessus de ma tombe puis comme un drone invisible, je survole mes endroits pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Je regarde vivre sans aucune possibilit\u00e9 d\u2019agir\u2026 je serai sans doute vite lass\u00e9 d&rsquo;observer les autres pour les laisser \u00e0 leur vie qui ne me regarde plus. <br>Je me dirai, si l\u2019on me permet ce dernier souffle\u00a0: \u00ab\u00a0Allez va, disparais \u00e0 jamais, pour toi c\u2019est fini\u00a0!\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vivre un petit peu dans l\u2019esprit des siens qui restent\u2026 un jour nous serons tous m\u00e9lang\u00e9s dans cette terre devenue fertile \u00e0 d\u2019autres vies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hier est entr\u00e9 en furie, la col\u00e8re du temps mauvais m\u2019a rappel\u00e9 ces jours o\u00f9 nous \u00e9tions d\u00e9munis. <br>Une escale dans le pass\u00e9 fragile mais pas plus qu\u2019aujourd\u2019hui. <br>C\u2019est le temps qui passe, laisse quelques traces puis les efface\u2026 C\u2019est fini !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je n\u2019ai pas connu la douleur d\u2019une vie. Je crois, ou alors j\u2019ai perdu la m\u00e9moire. Mon enfance fut sereine lorsque d\u2019autres l\u2019auraient v\u00e9cue \u00e0 stigmates et \u00e0 boursouflures. D\u2019o\u00f9 me vient ce sens du retournement&nbsp;? Je n\u2019en sais rien, je cherche encore et ne trouverai probablement jamais car, finalement, peu m\u2019importe de le savoir.<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=49867\">Lire la suite de <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0Ce temps qui frappe \u00e0 nos portes.\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":49976,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[30,32],"tags":[],"class_list":["post-49867","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-souvenir","category-temps"],"aioseo_notices":[],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/DSC_0010.jpg","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/paTogX-cYj","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/49867","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=49867"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/49867\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":49979,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/49867\/revisions\/49979"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/49976"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=49867"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=49867"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=49867"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}