{"id":46539,"date":"2022-06-16T07:00:47","date_gmt":"2022-06-16T07:00:47","guid":{"rendered":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=46539"},"modified":"2022-06-16T07:14:52","modified_gmt":"2022-06-16T07:14:52","slug":"za-maria-antonia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=46539","title":{"rendered":"Za Maria Antonia."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chaque fois que je vois passer une gu\u00eape ou un frelon, je pense \u00e0 Za Maria Antonia Andreani.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce moment les frelons patrouillent autour de la maison, il doit y avoir un nid \u00e0 trois m\u00e8tres de la porte, il me semble avoir rep\u00e9r\u00e9 l&rsquo;endroit, je vais devoir, encore une fois, passer \u00e0 l&rsquo;attaque avant qu&rsquo;ils n&rsquo;attaquent.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"914\" src=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_9185.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-46564\" srcset=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_9185.jpg 1024w, https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_9185-300x268.jpg 300w, https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_9185-768x686.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai revisit\u00e9 ce texte ancien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mois de juin \u00e9tait dans son dernier quartier, le ciel d\u2019un azur parfait c\u00e9l\u00e9brait les rayons du soleil au meilleur de son dardant. Les ch\u00e2taigniers paradaient avec leurs chatons jaune citron en multiples cascades. Tr\u00e8s haut dans l\u2019azur, quelques martinets affut\u00e9s zigzaguaient en une folle farandole, dessinaient des pointill\u00e9s tout en spirales bris\u00e9es. D\u2019autres, plus hardis, z\u00e9braient l\u2019air bien plus bas, les ailes en faucilles, lan\u00e7aient des cris stridents. Ils jouaient \u00e0 se faire peur en plongeant vers le sol poussant des sifflements aigus puis se fuselaient, et, sous pression dans un mouvement ascendant, reprenaient de l\u2019altitude. C\u2019\u00e9tait un va et vient perp\u00e9tuel, des chutes et des remont\u00e9es incessantes comme s\u2019ils n\u2019avaient que \u00e7a \u00e0 faire de toute la journ\u00e9e. <br>Joyeux comme un pinson, euphorique comme un martinet, devrait-on dire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019avais huit ans, j\u2019adorais courir dans les foug\u00e8res qui m\u2019arrivaient jusque sous le menton.<br>Le parfum de l\u2019immortelle chauff\u00e9 par le soleil, sublim\u00e9 \u00e0 cette heure de fin de matin\u00e9e, se r\u00e9pandait au ras du sol pour mieux chatouiller les narines. Il s&rsquo;\u00e9levait par petites vagues sous l&rsquo;effet d&rsquo;une brise ti\u00e9die par la chaleur montante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9t\u00e9 venait de d\u00e9buter \u00e0 peine, je profitais de ce passage du c\u00f4t\u00e9 des porcheries situ\u00e9es \u00e0 deux cents m\u00e8tres environ de la Navaggia pour batifoler dans les herbes et c\u00e9l\u00e9brer avec mon fr\u00e8re la fin du printemps. Nous venions nourrir les cochons, un moment enchant\u00e9 qui nous poussait \u00e0 explorer les environs. Malgr\u00e9 mes spartiates tr\u00e8s peu protectrices, j\u2019adorais shooter dans les bo\u00eetes de conserves qui tra\u00eenaient un peu partout. A l\u2019\u00e9cart des habitations, l\u2019endroit servait de d\u00e9charge sauvage avec des entassements par zones mod\u00e9r\u00e9ment encombr\u00e9es. Je venais de rep\u00e9rer une boite de petits pois couch\u00e9e qui se pr\u00eatait facilement au coup de pied en pr\u00e9sentant son flanc bomb\u00e9. <br>J\u2019acc\u00e9l\u00e9rais la foul\u00e9e de la marche et sans marquer de temps d\u2019arr\u00eat, comme si j&rsquo;allais tirer un coup franc, visant les buts entre deux foug\u00e8res plus hautes que les autres, je tentai une lucarne imparable. Instantan\u00e9ment, une colonie d\u2019une bonne vingtaine de gu\u00eapes qui avait \u00e9lu domicile dans la vieille bo\u00eete&nbsp; se r\u00e9volta. En quelques secondes, ma chevelure \u00e9tait envahie par la petite nu\u00e9e qui piquait chaque partie du cr\u00e2ne offert aux dards. Avec l\u2019aide de mon fr\u00e8re qui tapait en m\u00eame que moi pour \u00e9craser ou \u00e9carter les attaquantes, je r\u00e9ussis \u00e0 me d\u00e9barrasser des importunes apr\u00e8s un fr\u00e9n\u00e9tique combat de calottes contre les coups d\u2019aiguillons. Dans la minute qui suivit, j\u2019avais le cuir chevelu gondol\u00e9, nous fil\u00e2mes sans attendre vers la maison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tr\u00e8s rapidement, on me dirigea chez Zia Maria-Antonia, une vieille dame \u00ab&nbsp;sp\u00e9cialis\u00e9e&nbsp;\u00bb dans les piq\u00fbres d\u2019abeilles. Dans sa cuisine qui n\u2019a jamais connu la lumi\u00e8re du jour tr\u00f4nait une jarre remplie d\u2019huile d\u2019olive sur laquelle reposait un couvercle circulaire en bois, lest\u00e9 d\u2019un gros galet. C\u2019\u00e9tait l\u2019endroit de ses consultations m\u00e9dicales. Elle plongea une louche dans le liquide ol\u00e9agineux et la versa d\u2019un seul floc sur ma t\u00eate puis se mit \u00e0 frictionner sans d\u00e9licatesse. Elle massa longuement cherchant \u00e0 faire p\u00e9n\u00e9trer l\u2019onction. Miraculeusement, je m\u2019en souviens tr\u00e8s bien, la douleur s\u2019estompa assez rapidement et je n\u2019eus aucune r\u00e9action cuisante durable. La tension du cuir chevelu qui pressait le cr\u00e2ne comme un \u00e9tau, s&rsquo;apaisa et cessa sous l&rsquo;effet du massage et des incantations audibles mais incompr\u00e9hensibles pour moi.<br>D\u00e9tach\u00e9e de tout, d\u00e9localis\u00e9e par la pens\u00e9e, Za Maria-Antonia op\u00e9rait dans l&rsquo;urgence en communion avec l&rsquo;au-del\u00e0. Parvenue au bout de intervention, elle me tapa sur l&rsquo;\u00e9paule et me dit :<br>&#8211; C&rsquo;est fini !<br>Pas de fi\u00e8vre et tr\u00e8s peu mal \u00e0 la t\u00eate. Je n\u2019ai gard\u00e9 aucun mauvais souvenir de souffrance de cet \u00e9pisode pourtant douloureux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis lors, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 piqu\u00e9 plusieurs fois par des gu\u00eapes et \u00e0 part une petite boursoufflure insignifiante, je n\u2019ai jamais connu plus grand d\u00e9sagr\u00e9ment. Sans doute, ce jour d\u2019assaut intensif ai-je \u00e9t\u00e9 immunis\u00e9 \u00e0 vie. Peut-\u00eatre ai-je eu beaucoup de chance aussi de ne point \u00eatre allergique \u00e0 ce venin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les vieilles dames du quartier apprenant la nouvelle qui avait inqui\u00e9t\u00e9 mon entourage, me tapotaient la t\u00eate avec leurs doigts comme si elles touchaient le pompon d\u2019un marin. Peut-\u00eatre, en agissant ainsi, prenaient-elles leur part immunit\u00e9 sur le cr\u00e2ne d\u2019un prot\u00e9g\u00e9 de Dieu, en me lan\u00e7ant : <br>&#8211; Chi Diu ti binidiga ! (Que Dieu te b\u00e9nisse !)<br>C\u2019\u00e9tait sans doute d\u00e9j\u00e0 fait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai gard\u00e9 le souvenir du ciel bleu d&rsquo;un azur l\u00e9ger, des ch\u00e2taigniers en fleurs et des martinets. <br>Chaque fin de mois de juin, je fais un tour du c\u00f4t\u00e9 des porcheries qui n\u2019existent plus aujourd\u2019hui. Je m\u2019y rends en pens\u00e9e comme une sorte de p\u00e8lerinage m\u00e9moriel annuel, me souvenant du d\u00e9cor d\u2019alors. Tant d\u2019ann\u00e9es plus tard, je me vois encore en culottes courtes, les sandales sont us\u00e9es, les brides ballantes menacent de me d\u00e9chausser, gare aux orteils\u2026 <br>Les gu\u00eapes ont tout oubli\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Agissant et pensant ainsi, il me semble ne pas vieillir, mon esprit vagabond et mes id\u00e9es joyeuses ont conserv\u00e9 mon \u00e9ternelle jeunesse, sans doute dup\u00e9e par l&rsquo;amour de la vie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"686\" src=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_0002kh-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-46562\" srcset=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_0002kh-1.jpg 1024w, https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_0002kh-1-300x201.jpg 300w, https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_0002kh-1-768x515.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption><em>Avec la chaleur montante les chatons de ch\u00e2taignier &#8211; visibles en titre &#8211; deviennent diablotins.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"686\" src=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_0002khn.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-46550\" srcset=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_0002khn.jpg 1024w, https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_0002khn-300x201.jpg 300w, https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_0002khn-768x515.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption><em>Avec la canicule, ils s&rsquo;affolent.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque fois que je vois passer une gu\u00eape ou un frelon, je pense \u00e0 Za Maria Antonia Andreani. En ce moment les frelons patrouillent autour de la maison, il doit y avoir un nid \u00e0 trois m\u00e8tres de la porte, il me semble avoir rep\u00e9r\u00e9 l&rsquo;endroit, je vais devoir, encore une fois, passer \u00e0 l&rsquo;attaque<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=46539\">Lire la suite de <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0Za Maria Antonia.\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":46546,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[30],"tags":[],"class_list":["post-46539","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-souvenir"],"aioseo_notices":[],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/DSC_0002.jpg","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/paTogX-c6D","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/46539","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=46539"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/46539\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":46570,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/46539\/revisions\/46570"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/46546"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=46539"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=46539"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=46539"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}