{"id":4250,"date":"2013-10-28T22:38:40","date_gmt":"2013-10-28T21:38:40","guid":{"rendered":"http:\/\/simonu.blog.lemonde.fr\/?p=4250"},"modified":"2013-10-28T22:38:40","modified_gmt":"2013-10-28T21:38:40","slug":"la-haut-sur-la-colline","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=4250","title":{"rendered":"L\u00e0 haut sur la colline."},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2013\/10\/a9606-dsc_15801.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4254\" title=\"DSC_1580\" src=\"http:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2013\/10\/a9606-dsc_15801.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"423\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size:small;\">Toute une partie de mon enfance s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e\u00a0sur le\u00a0flanc de la colline de Cacareddu entre ch\u00eanes et ch\u00e2taigniers, un espace visible sur la photo. Nous avons beaucoup d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 et chaque quartier\u00a0m&rsquo;a laiss\u00e9 son souvenir particulier.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:small;\"><a href=\"http:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2013\/10\/0e16e-040.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4255\" title=\"040\" src=\"http:\/\/simonu.blog.lemonde.fr\/files\/2013\/10\/040-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"199\" \/><\/a>Aujourd\u2019hui, de ma maison, il m\u2019arrive de jeter un regard vers ce sommet pentu pour revisiter mon pass\u00e9 d\u2019enfant. C\u2019\u00e9tait un temps o\u00f9 nous n\u2019avions rien d\u2019autre \u00e0 faire que nous inventer des occupations. La maison de Zi Santu que nous louions se trouvait presque \u00e0 mi-pente entre le stade de Jean-Jean et le sommet enti\u00e8rement recouvert de ch\u00eanes verts. Si serr\u00e9s les uns contre les autres, un monde presque imp\u00e9n\u00e9trable qui sollicitait notre imagination f\u00e9conde. Nous y voyions un enfer noir tant l\u2019obscurit\u00e9 \u00e9tait profonde ou alors un endroit myst\u00e9rieux, domaine interdit d\u2019un ch\u00e2telain peu recommandable. Des rochers pointaient tout au sommet au-dessus des arbres, \u00a0et nous faisaient croire \u00e0 un donjon. C\u2019est toujours avec m\u00e9fiance que nous p\u00e9n\u00e9trions de quelques m\u00e8tres seulement dans cet univers hostile, juste pour faire na\u00eetre quelques frissons. Nous n\u2019\u00e9tions pas certains de retrouver le chemin du retour si nous nous aventurions plus avant. Nous entretenions le myst\u00e8re en nous inventant des l\u00e9gendes \u00a0racont\u00e9es du c\u00f4t\u00e9 de la Piazzona aux alentours de minuit les soirs d\u2019\u00e9t\u00e9.\u00a0 Nous nous chargions d\u2019\u00e9motions suppl\u00e9mentaires pour assurer le grand frisson lors du retour \u00e0 la maison. Nous piquions des sprints m\u00e9morables comme si nous \u00e9tions poursuivis par le fant\u00f4me de Cacareddu.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:small;\">Ce n\u2019est qu\u2019en refermant la porte derri\u00e8re moi que cette frayeur s\u2019\u00e9vacuait d\u2019un coup, parcourant tout le corps d\u2019un tremblement comparable \u00e0 la d\u00e9charge d\u2019une prise de terre. A cette grande frayeur invent\u00e9e, succ\u00e9dait le sentiment de s\u00e9curit\u00e9 qui marquait son fort contraste d\u00e8s que je m\u2019engouffrais dans le lit. Je faisais le plein de sensations, c\u2019est peut-\u00eatre pour cela qu\u2019aujourd\u2019hui, je suis tout en \u00e9motions, vibrations, tr\u00e8s impr\u00e9gn\u00e9 de la joie de vivre. J\u2019adore fr\u00e9mir, me sentir en danger et me r\u00e9volter\u2026 \u00e7a vient de l\u00e0, sans doute.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:small;\"><a href=\"http:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2013\/10\/4f78e-0363.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4261\" title=\"036\" src=\"http:\/\/simonu.blog.lemonde.fr\/files\/2013\/10\/0363-199x300.jpg\" alt=\"\" width=\"199\" height=\"300\" \/><\/a>L\u2019apr\u00e8s-midi, nous convergions tous vers le stade au pied de la colline, dans les ch\u00e2taigniers de Jean-Jean, pour des parties de foot interminables qui s\u2019achevaient \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit. Des matches dont la dur\u00e9e \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9e par le score\u00a0: la premi\u00e8re \u00e9quipe \u00e0 marquer six, huit et m\u00eame douze buts \u00a0gagnait la partie. Lorsque qu\u2019il \u00e9tait t\u00f4t dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allions aux douze buts pour gagner, imaginez la dur\u00e9e du match\u00a0si nous arrivions \u00e0 onze partout en attendant le dernier point.\u00a0 Nous n\u2019avions pas de montre, le soleil comptait le temps \u00e0 notre place. Souvent, \u00e0 l\u2019aplomb du stade mais tr\u00e8s loin, ma m\u00e8re m\u2019appelait pour aller chercher les ch\u00e8vres qui gambadaient encore sur sa colline. Je faisais un peu de r\u00e9sistance en attendant le prochain appel. \u00a0Je n\u2019\u00e9tais jamais fatigu\u00e9. Je courais tout le temps surtout lorsque je passais devant une assembl\u00e9e de personnes et de filles de surcro\u00eet. Je filais comme une fl\u00e8che me contentant de faire un signe au passage. Certains se demandaient pourquoi ce \u00ab\u00a0coup de vent\u00a0\u00bb qui ne s\u2019arr\u00eate jamais\u00a0: ma grande timidit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque, tout simplement. Ce profil de gar\u00e7on toujours filant fut \u00e0 l\u2019origine de mon go\u00fbt pour les courses de longue haleine, adolescent, j\u2019\u00e9tais un crossman redoutable.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:small;\">Je grimpais en vitesse \u00e0 la recherche des ch\u00e8vres sans m\u2019arr\u00eater devant la maison. C\u2019\u00e9taient des caprins de location qui d\u2019ordinaire rentraient seuls mais parfois, ils s\u2019attardaient comme la ch\u00e8vre de M. Seguin.\u00a0\u00a0 Nous avions peur de les perdre, c\u2019est pourquoi je n\u2019attendais pas la nuit pour partir \u00e0 leur recherche. Elles \u00e9taient entrav\u00e9es pour limiter la gambade et leur autonomie, mais parvenaient, quelques fois,\u00a0 \u00e0 se d\u00e9faire de leur entrave unilat\u00e9rale confectionn\u00e9e avec des vieilles cravates. C\u2019\u00e9taient-elles qui nous donnaient lait et cabri pour No\u00ebl, un bien pr\u00e9cieux. Le lait \u00e9tait partag\u00e9 avec le propri\u00e9taire et les ann\u00e9es de cocagne nous avions droit \u00e0 deux cabris, tout le monde \u00e9tait servi pour le r\u00e9veillon. Il leur arrivait de s\u2019abriter dans le couloir devant la porte de la chambre. Nous les avons trouv\u00e9es un apr\u00e8s-midi de chaque c\u00f4t\u00e9 du lit, surveillant mon p\u00e8re qui faisait la sieste. Nous avions eu\u00a0beaucoup de mal \u00e0 les chasser pour qu\u2019elles regagnent leur cabane. Comme pour nous signifier leur mauvaise humeur, elles l\u00e2ch\u00e8rent toutes leurs billes du jour le long du passage, surtout dans le couloir comme si elles \u00e9taient conscientes de leur message. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:small;\">Cet endroit rev\u00eat pour moi une importance toute particuli\u00e8re. L\u2019exp\u00e9rience d\u2019une forte amiti\u00e9 sinc\u00e8re avec Antoine qui est parti beaucoup trop t\u00f4t. Il revient souvent faire un tour dans mes pens\u00e9es. Nous habitions \u00e0 quelques pas l\u2019un de l\u2019autre et nous nous retrouvions souvent chez sa voisine. Une vieille dame \u00e0 la bont\u00e9 comme il n\u2019en existe que dans les histoires de grands-m\u00e8res. Une sainte femme toujours ravie de nous accueillir et qui nous servait le go\u00fbter avec des tartines de beurre blanc qu\u2019elle faisait elle-m\u00eame. Je me souviens des grains de gros sel apparent qui faisaient perler des gouttes d\u2019eau. Des images ind\u00e9l\u00e9biles qui vous poursuivent toute la vie lorsqu\u2019une telle attention vous a d\u00e9finitivement touch\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:small;\">Il me reste une anecdote scolaire qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cet endroit et\u00a0nous a beaucoup amus\u00e9s en cours de fran\u00e7ais. Une r\u00e9daction qui r\u00e9pondait au sujet suivant\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates frapp\u00e9 par le pittoresque du paysage. Racontez.\u00bb En outre, nous avions \u00e9tudi\u00e9 le pass\u00e9 simple, il \u00e9tait fortement recommand\u00e9 de l\u2019employer dans notre r\u00e9cit. Un pass\u00e9 simple que tout le monde n\u2019avait pas bien assimil\u00e9. \u00a0Un camarade s\u2019est souvenu des grands ch\u00e2taigniers de notre colline et rendait le texte suivant\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:small;\">\u00a0\u00bb\u00a0Un jour, on jouait \u00e0 cache-cache \u00e0 Cacareddu. Je monta, je monta tout doucement pour chercher. Sans faire de bruit. Arriv\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du ch\u00e2taignier, pan\u00a0! Je receva un coup derri\u00e8re la t\u00eate. C\u2019\u00e9tait le pittoresque qui \u00e9tait cach\u00e9 derri\u00e8re l&rsquo;arbre qui m&rsquo;avait frapp\u00e9.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:small;\">Pour parodier et saluer notre ami f\u00e2ch\u00e9 avec le pass\u00e9 simple et le vocabulaire, je dirais\u00a0:<\/span><span style=\"font-size:small;\">\u00ab\u00a0Moi aussi, je passa de sacr\u00e9s moments \u00e0 Cacareddu et je viva heureux comme un pinson. Je m\u2019en souviendra toute ma vie\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size:small;\">Quelle vie\u00a0!\u00a0Une vie qui vous offre une belle histoire\u00a0!<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toute une partie de mon enfance s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e\u00a0sur le\u00a0flanc de la colline de Cacareddu entre ch\u00eanes et ch\u00e2taigniers, un espace visible sur la photo. Nous avons beaucoup d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 et chaque quartier\u00a0m&rsquo;a laiss\u00e9 son souvenir particulier. Aujourd\u2019hui, de ma maison, il m\u2019arrive de jeter un regard vers ce sommet pentu pour revisiter mon pass\u00e9 d\u2019enfant. 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