{"id":31536,"date":"2021-03-06T12:48:16","date_gmt":"2021-03-06T11:48:16","guid":{"rendered":"https:\/\/simonu.home.blog\/?p=31536"},"modified":"2021-03-06T12:48:16","modified_gmt":"2021-03-06T11:48:16","slug":"le-bonheur-est-dans-le-brouillard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=31536","title":{"rendered":"Le bonheur est dans le brouillard."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne faut pas grand chose pour m&rsquo;exp\u00e9dier dans le temps pass\u00e9. Il m&rsquo;a suffit d&rsquo;un jour frisquet, un de ces jours inattendus qui change brusquement le printemps en hiver.<br \/>Le ciel devenait sombre par vagues t\u00e9n\u00e9breuses comme un deuil lugubre. Un froid inhabituel rafra\u00eechissait l&rsquo;atmosph\u00e8re, une brume h\u00e9sitante presque incr\u00e9dule montait de la vall\u00e9e, quelques gouttes d&rsquo;eau perdues frappaient \u00e7a et l\u00e0, sans aucune efficacit\u00e9 pour le jardin&#8230; <br \/>Un changement brutal de la m\u00e9t\u00e9o me renvoyait vingt-cinq ans en arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0-bas, si loin de mes racines, je r\u00eavais de partir d\u00e9finitivement dans mon Aratasca o\u00f9 niche ma Zinella. Les samedis en \u00e9coutant \u00ab&nbsp;Porto-Rico&nbsp;\u00bb, je devenais le milan royal qui survole la vall\u00e9e d\u2019Archigna. Je passais au-dessus du ficaghju de minnana*, des p\u00eachers de vigne et je fondais sur un fruit comme une sorte de rapace frugivore. Je n\u2019ai jamais pu r\u00e9sister \u00e0 cette \u00e9motion qui devenait plus forte avec le temps.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2021\/03\/img_6367k-001.jpg?w=1024\" alt=\"\" class=\"wp-image-31558\" \/><\/figure>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ignore pourquoi, j\u2019ai toujours aim\u00e9 le froid, la pluie, la neige et le brouillard. Sans doute, est-ce l\u2019empreinte de mon enfance. Nous vivions dans la petite pauvret\u00e9. Un souvenir qui me renforce plus qu\u2019il ne me rend triste. J\u2019aime le vent et les intemp\u00e9ries endur\u00e9es dans mon enfance dans une chaumi\u00e8re offerte au vent et \u00e0 la pluie.<\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait mon premier No\u00ebl de r\u00e9sident permanent dans mon village. Un retour d\u00e9finitif tout frais de quelques mois.<br \/>Tout \u00e9tait pr\u00eat pour le r\u00e9veillon. Un m\u00e9lange de tradition locale et de continental. Le cabri r\u00f4tissait dans la chemin\u00e9e, a rivia* attendait son moment\u2026 J\u2019avais ouvert les hu\u00eetres qui patientaient au frais dans la cave. Il \u00e9tait pr\u00e8s de minuit, je suis sorti pour aller jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9serve en faisant le tour de la cour. Je venais d\u2019allumer ma lampe de poche, le rai fumait, un nuage de vapeur se mouvait comme un ectoplasme, une danse l\u00e9g\u00e8re mais tr\u00e8s vive et cadenc\u00e9e valsait juste devant moi. Aux alentours, un brouillard \u00e9pais rendait opaque tout ce qui se trouvait \u00e0 quelques m\u00e8tres seulement.   J\u2019ai \u00e9teint la lumi\u00e8re et je me suis replong\u00e9 dans mon enfance.<\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La brume, mobile sous un vent l\u00e9ger, balayait Aratasca laissant appara\u00eetre des trou\u00e9es dans les nuages pour d\u00e9couvrir quelques \u00e9toiles, puis les effa\u00e7ait en se mouvant comme un tulle l\u00e9ger. Parfois, tout un pan de ciel s\u2019ouvrait et les astres lointains scintillaient vivement comme s\u2019ils devinaient qu\u2019ils allaient dispara\u00eetre \u00e0 nouveau et se signalaient \u00e0 mes yeux. Dans cette mouvance incessante, un crachin froid me caressait le visage par vagues douces. Je respirais l\u2019air qui venait de la vall\u00e9e d\u2019Archigna, en le gobant par bol\u00e9es. Le frais me saisissait comme lors de ma balade apr\u00e8s minuit en novembre lorsque j\u2019avais dix-sept ans et que je prenais mes le\u00e7ons de contrastes en tous genres devant la grille du cimeti\u00e8re. Le froid, la peur, le myst\u00e8re, des sensations me revenaient en bloc de ma plus profonde enfance. J\u2019\u00e9tais rempli de joie contenue et secr\u00e8te, un petit bonheur sans partage. Une joie contradictoire n\u00e9e d&rsquo;une nuit opaque charg\u00e9e de frissons et d&rsquo;humidit\u00e9.<\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019\u00e9tais seul. Seul \u00e0 me rem\u00e9morer les souvenirs du petit enfant qui attendait le P\u00e8re-No\u00ebl. Je savourais ces moments de vie entre ciel et terre d\u2019un petit \u00eatre qui se demande ce qu\u2019il fait l\u00e0. Pourquoi et comment\u00a0? Les images d\u00e9filaient vite. Saval\u00e8, l\u2019oliveraie de mon enfance o\u00f9 je chassais la grive et le merle avec mon lance pierre arm\u00e9 de billes en terre cuite, ressurgissait. J\u2019\u00e9tais post\u00e9 sous un olivier ne voyant pas grand-chose dans l\u2019\u00e9pais brouillard du matin, juste un mouvement, quelques manifestations vocalis\u00e9es, la grive, perdue dans le feuillage vert gris\u00e2tre de l\u2019arbre, devenait invisible. Parfois, un sautillement pour aller piller l\u2019olive m\u00fbre trahissait sa pr\u00e9sence mais la pr\u00e9cision de mon lance pierre n\u2019\u00e9tait pas d\u2019une efficacit\u00e9 redoutable. Je me souvenais de l&rsquo;ami voisin, avec qui j\u2019allais fumer une cigarette \u00e0 la faveur d\u2019un voile brumeux qui, en complice parfait, englobait la fum\u00e9e de nos clopes, nous prot\u00e9geant des regards d\u00e9lateurs.<\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces moments perdus de longue date \u00e9taient \u00e0 port\u00e9e de m\u00e9moire, si pr\u00e9sents encore. J\u2019ai cette facult\u00e9 d\u2019emmagasiner les plaisirs et de les ressortir presque sur commande. J\u2019adore \u00eatre et avoir \u00e9t\u00e9 en concomitance, un couplage rendu possible par la force de l\u2019amour de la vie.<\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce soir-l\u00e0, la maisonn\u00e9e r\u00e9unissait toute la famille, dehors, j\u2019\u00e9tais seul avec mes souvenirs et la joie fondamentale au fond de mes tripes.<\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai imagin\u00e9 que le bonheur \u00e9tait dans le brouillard et que chacun pouvait \u00e0 sa guise trouver le coin diaphane ou transparent qui lui permet de gagner sa petite lumi\u00e8re. Cette lanterne que l\u2019on garde pr\u00e9cieusement au plus profond de son \u00e2me.<\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est l\u2019effroi d\u2019une nuit folle, d\u2019une autre nuit insens\u00e9e, qui m\u2019a souffl\u00e9&nbsp;: <\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0<strong><em>Va l\u00e0-bas, tu verras, le bonheur est dans le brouillard\u2026 apr\u00e8s, il sera trop tard.\u00a0<\/em><\/strong>\u00bb<\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>*Ficaghju = endroit plant\u00e9 de figuiers qu&rsquo;elle entretenait en m\u00e9tayage.<\/em><\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>*Rivia = brochette confectionn\u00e9e avec les abats du cabri, entour\u00e9s de cr\u00e9pinette et ficel\u00e9s avec l&rsquo;intestin. Une grillade dans l&rsquo;\u00e2tre, arros\u00e9e de temps en temps avec \u00ab\u00a0a salamughja\u00a0\u00bb (marinade avec du vin, de l&rsquo;eau, de l&rsquo;ail, du sel et du poivre pour la plus simple version)<\/em><\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il ne faut pas grand chose pour m&rsquo;exp\u00e9dier dans le temps pass\u00e9. Il m&rsquo;a suffit d&rsquo;un jour frisquet, un de ces jours inattendus qui change brusquement le printemps en hiver.Le ciel devenait sombre par vagues t\u00e9n\u00e9breuses comme un deuil lugubre. 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