{"id":25085,"date":"2020-10-17T12:38:07","date_gmt":"2020-10-17T11:38:07","guid":{"rendered":"http:\/\/simonu.home.blog\/?p=25085"},"modified":"2023-10-24T14:33:23","modified_gmt":"2023-10-24T14:33:23","slug":"fantasmallegorie-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=25085","title":{"rendered":"Fantasm&rsquo;all\u00e9gorie."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Octobre tirait sa r\u00e9v\u00e9rence, Evora avait pris le large. <br>La quarantaine \u00e0 peine amorc\u00e9e, elle sentait le besoin de faire le point sur sa vie. <br>Elle se trouvait l\u00e0, plant\u00e9e devant la petite fen\u00eatre de la cuisine juste face au pommier. <br>L&rsquo;arbre paraissait fatigu\u00e9, m\u00e9lancolique avec\u00a0ses fruits rouges pr\u00eats \u00e0 l\u00e2cher prise. L\u2019atmosph\u00e8re \u00e9tait maussade dans ce coin de Bourgogne. <br>Une retraite de courte dur\u00e9e dans un g\u00eete sans pension sur\u00a0le flanc d\u2019un vallon, \u00e0 la sortie d\u2019un village.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Evora souhaitait rester seule pour fouiller sa vie sans \u00eatre d\u00e9rang\u00e9e. Elle passait le plus clair de son temps devant la vitre \u00e0 regarder la pluie incessante, \u00e0 tirer sur sa cigarette avec une tristesse infinie. Elle \u00e9tait belle lorsqu\u2019elle passait ses doigts dans les cheveux pour d\u00e9gager le front et les ranger sur sa nuque comme si elle cherchait \u00e0 voir plus clair dans ses affaires. Quelque chose la pr\u00e9occupait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des gens passaient. Des inconnus, indiff\u00e9rents, filaient\u00a0sans jeter le moindre regard en direction de ce logis qui changeait souvent de locataires. Par habitude, ils savaient l\u2019occupation de courte dur\u00e9e, l&rsquo;endroit \u00e9tait charg\u00e9 de souvenirs et de myst\u00e8res. <br>Pour tromper sa morosit\u00e9,\u00a0Evora s\u2019amusait \u00e0 des jeux de hasard en s\u2019inventant des histoires. \u00a0Elle scrutait le passage d\u2019un homme puis d\u00e9cidait\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Non, non, pas celui-l\u00e0 !\u00a0\u00bb. Trop vieux, trop courb\u00e9, trop mouill\u00e9 ou pas assez grand. Des pr\u00e9textes balanc\u00e9s sans r\u00e9fl\u00e9chir parce qu\u2019elle en avait d\u00e9cid\u00e9 ainsi, \u00e7a la faisait rire. <br>Aujourd\u2019hui, c\u2019est elle qui dirige son monde virtuel. <br>Elle \u00e9liminait l\u2019ind\u00e9sirable \u00e9tranger en projetant avec sa bouche en cul de poule, un nuage de vapeur sur la vitre qui s\u2019embuait juste le temps que l&rsquo;inconnu disparaisse du champ visuel. Elle passait ainsi une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 effacer des visages sans jamais esp\u00e9rer un bonheur, m\u00eame pour de faux. Personne ne trouvait gr\u00e2ce \u00e0 son jeu enfantin. Un truc totalement pu\u00e9ril pour mieux affirmer ses vell\u00e9it\u00e9s. L\u2019envie s\u2019\u00e9tait mise en sourdine, elle le savait parfaitement. Elle semblait se forcer \u00e0 trouver une raison d\u2019exalter ses sens sans \u00eatre dupe, beaucoup trop d\u00e9sabus\u00e9e. <br>Elle chassait le fantasme comme d\u2019autres chassent des images mais sans grande conviction\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Personne n\u2019avait su\u00a0capter son \u00e9lan, aucun homme ne l\u2019avait envelopp\u00e9e de ses bras pour l\u2019emmailloter d\u2019un frisson \u00e9lectrique qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019abandon. Pourtant, elle a bien laiss\u00e9 son corps en offrande, elle\u00a0s\u2019est donn\u00e9e\u00a0en esp\u00e9rant l\u2019envol vers l\u2019ailleurs. Vers des degr\u00e9s de ciel dont on dit que le septi\u00e8me est le plus difficile \u00e0 atteindre. Elle n\u2019a connu que les premiers paliers, ceux qui \u00e9veillent\u00a0avec l\u2019espoir d\u2019aller\u00a0plus haut. Sa montgolfi\u00e8re s\u2019\u00e9levait \u00e0 peine puis revenait sur terre. Toujours. <br>Elle ne savait plus comment s\u2019y prendre, trop consciente, trop regardante, trop pr\u00e9sente jamais dans l\u2019abandon.<br>Songeuse, dubitative perp\u00e9tuelle, perdue dans le brouillard de sa vie pass\u00e9e, elle ne savait plus o\u00f9 \u00e9taient le vrai et le faux.\u00a0<br>Y a-t-elle cru un\u00a0jour\u00a0? A-t-elle connu la confiance\u00a0? Elle a envie d\u2019\u00e9clater de rire\u2026 Elle ne sait plus. Elle a r\u00eav\u00e9, envahie d\u2019incertitudes. Paum\u00e9e.<br>La premi\u00e8re pomme vient de tomber \u00e0 l\u2019instant. Qui de l\u2019arbre ou du fruit a l\u00e2ch\u00e9 prise\u00a0?<br><br>Etait-ce elle, incapable de s\u2019abandonner, toujours sur le qui-vive\u00a0? <br>Etait-ce lui, maladroit ou en d\u00e9faut de sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0? L\u2019autre incapable de la subjuguer\u00a0? Elle ne sait pas.<br>Elle a connu des instants mais\u00a0jamais\u00a0la suite. Elle a fui toute sa vie. <br>Elle \u00e9tait a\u00e9rienne et l\u00e9g\u00e8re, pourtant,\u00a0dans sa robe flottante de gitane. <br>Elle s\u2019asseyait par terre, les jambes crois\u00e9es et les pieds nus mais toujours couverte comme on cache un tr\u00e9sor. <br>Quel \u00e9tait son message\u00a0? Le savait-elle\u00a0? <br>Elle jouait, virevoltait comme une danseuse virtuose. <br>Pourquoi ces pas chass\u00e9s\u00a0? Pourquoi ces sautillements \u00e0 peine d\u00e9tach\u00e9s du sol\u00a0? Pourquoi cette parade\u00a0? Myst\u00e8re. <br>Une interrogation et une distance permanentes. <br>Elle voulait bien, mais quoi\u00a0? Que voulait-elle\u00a0? <br>Le savait-elle\u00a0? Sans doute pas. <br>C\u2019est ainsi qu\u2019elle s\u2019est perdue. <br>Rebelle, \u00e0 la moindre allusion. <br>Tigresse, redoutable f\u00e9line qui sort ses griffes. <br>Perdu le tigre, maintes fois \u00e0 la charge pensant qu\u2019il fallait la forcer puis s\u2019en va la queue basse et rumine le m\u00eame doute que celle qui dansait devant lui. <br>Ce n\u2019\u00e9tait pas une parade pour un appel \u00e0 l\u2019amour d\u2019un instant. Elle avait peur. Peur d\u2019elle d\u2019abord. Elle a us\u00e9, elle a d\u00e9courag\u00e9, elle a fatigu\u00e9 et s\u2019est fourvoy\u00e9e dans son ambigu\u00eft\u00e9. <br>Elle s\u2019est perdue dans ses mirages et ses chim\u00e8res.<br>Le pommier vient de perdre une autre pomme, la brise \u00e9tait pourtant l\u00e9g\u00e8re.<br>Cette fois-ci, elle est s\u00fbre d\u2019elle, la pomme est m\u00fbre. Evora ouvre la porte, s\u2019engage pieds nus sur l\u2019herbe humide, ferme les yeux et croque \u00e0 pleines dents. <br>Le jus coule, l\u00e9g\u00e8rement mousseux, par les commissures de ses l\u00e8vres, ses papilles d\u00e9couvrent l\u2019\u00e9quilibre sucr\u00e9 d\u2019une rencontre douce et fortuite. Un vent caressant lui a offert ce plaisir, ses cheveux sont fous, c\u2019est le d\u00e9but d\u2019une \u00e9motion en attendant la tornade\u2026 peut-\u00eatre.<br>Est-il possible d\u2019apprendre l\u2019amour, ce plus que sentiment qui vient des entrailles et qui vous d\u00e9chire m\u00eame par surprise ? <br>Un \u00e9clair port\u00e9 par la foudre ? Un \u00e9lan qui vient de vous, qui vient de l\u2019autre et vous entraine sur l\u2019aire d\u2019un sautoir de triple-saut ?<br>Evora veut bien le croire\u2026 mais pense que c\u2019est perdu d\u2019avance comme une \u00e2me en peine qui ne croquera jamais la pomme du paradis terrestre. Elle cherche \u00e0 comprendre ou \u00e0 s&rsquo;y faire, mais l\u2019id\u00e9e la taraude encore plus. Torture, c\u2019est une femme tortur\u00e9e\u2026 <br>Difficile de trouver la paix et la qui\u00e9tude sans ce paroxysme pr\u00e9alable qui allume les feux du corps et \u00e9teint ceux de l\u2019esprit comme une temp\u00eate qui engendre le calme.<br>Trop \u00ab\u00a0vigile*\u00a0\u00bb, incapable d\u2019attirer un p\u00f4le contraire, elle s\u2019est enferm\u00e9e dans le fantasme et les all\u00e9gories d&rsquo;un paradis terrestre aux tourments cach\u00e9s et dont la qui\u00e9tude n&rsquo;existe pas.<br>Une retraite pour comprendre, croyait-elle\u2026 <br>Une retraite pour rien,\u00a0 une fois de plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Trop<\/em>\u00a0v<em>igile<\/em><\/strong><em>\u00a0 n\u2019existe pas dans ce sens invent\u00e9 pour la circonstance = trop regardante, trop vigilante, trop tourn\u00e9e sur elle m\u00eame, ne s\u2019abandonne pas.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"680\" src=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/DSC_3347.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-54473\" srcset=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/DSC_3347.jpg 1024w, https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/DSC_3347-300x199.jpg 300w, https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/DSC_3347-768x510.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Les promesses.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"845\" src=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/DSC_3003.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-54474\" srcset=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/DSC_3003.jpg 1024w, https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/DSC_3003-300x248.jpg 300w, https:\/\/lecoursdelavie.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/DSC_3003-768x634.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Le g\u00e2chis.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Octobre tirait sa r\u00e9v\u00e9rence, Evora avait pris le large. 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