{"id":13378,"date":"2019-06-25T17:51:13","date_gmt":"2019-06-25T16:51:13","guid":{"rendered":"http:\/\/simonu.home.blog\/?p=13378"},"modified":"2019-06-25T17:51:13","modified_gmt":"2019-06-25T16:51:13","slug":"levidence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=13378","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9vidence."},"content":{"rendered":"<p>Ils sont tous partis. Barth\u00e9l\u00e9my de Castagniccia, Joseph le breton, Francis de nulle part, baroudeur apatride, Camille le discret qui me regardait d\u2019un \u0153il surpris\u2026 Yvon est revenu.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ai-je attendu tant d\u2019ann\u00e9es avant de revenir ? \u00bb disait-il, le deuxi\u00e8me jour.<br \/>\nIl a retrouv\u00e9 ses marques d\u00e8s le matin du premier r\u00e9veil en Aratasca.<\/p>\n<p>On dirait qu\u2019il n\u2019a jamais quitt\u00e9 l\u2019endroit. Tout lui semble bien \u00e0 sa place comme nagu\u00e8re qui a pass\u00e9, mais dont l\u2019absence n\u2019a laiss\u00e9 aucune trace. Rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9. Il dort comme un b\u00e9b\u00e9 dans la m\u00eame chambre dont la fen\u00eatre s\u2019ouvre sur la vall\u00e9e d\u2019Archigna.<\/p>\n<p>Il n\u2019a pas r\u00e9alis\u00e9 que le temps passe vite. Il ne m\u2019en a pas parl\u00e9. C\u2019est le dernier jour avant le retour chez lui, je l&rsquo;avais mis en garde pourtant. Je crois qu&rsquo;il a fait le plein d&rsquo;ici, il n&rsquo;a rien oubli\u00e9, rien laiss\u00e9 \u00e0 la providence.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13381\" src=\"https:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2019\/06\/dsc_4834.jpg\" alt=\"DSC_4834\" width=\"1024\" height=\"683\" \/><br \/>\nIl fallait le voir ce matin sur le muret instable en train de ratiboiser le talus des derniers buissons que je ne pouvais atteindre. Ce n\u2019est pas raisonnable pour son \u00e2ge. Il s\u2019en fiche, pourvu qu\u2019il se rende utile\u2026 Les cisailles ont trente ans sans doute, c\u2019est lui qui les avait achet\u00e9es pour rafra\u00eechir les feuillages. Je crois qu\u2019elles ont attendu son retour patiemment. Il fallait les voir alertes aussi, \u00ab tchac tchac ! \u00bb, un tranchant impeccable et un bruit sec que lui seul sait imprimer pour tondre le ciste bien arrim\u00e9 sous le prunellier sauvage dont les piquants sont redoutables. Le voil\u00e0 qui s\u2019affaire autour du poulailler arrachant l\u2019ortie qui couronne le donjon de la basse-cour. Tiens ! Il s\u2019est arr\u00eat\u00e9 un instant sous le cerisier burlat qui offre ses fruits encore frais le matin. Il picore comme le merle matinal, le grand gaspilleur qui arrache sans se soucier des cerises qu&rsquo;il fait valser \u00e7a et l\u00e0 avec la chair largement d\u00e9chir\u00e9e. Des blessures b\u00e9antes, des fruits perdus. \u00ab\u00a0C\u2019est ainsi !\u00a0\u00bb, dit-il dans un sifflement rageur lorsque je le surprends par hasard dans son grand gaspillage. \u00ab Oui c\u2019est ainsi qu\u2019on plante les cerisiers \u00e0 la mode de chez nous. On balance \u00e0 tout va et la nature fait le reste. \u00bb Et puis plonge vers le fond de la vall\u00e9e en criant comme un malade d\u00e9rang\u00e9 dans ses rares moments de plaisir. Il peste contre moi qui le surprends. Les geais ont disparu. O\u00f9 passent-ils leurs vacances ? Les cerisiers sont soulag\u00e9s c&rsquo;est plus calme sans eux.<\/p>\n<p>Lorsque nous \u00e9tions enfants, nous raffolions du pain qui revenait de la campagne. C&rsquo;\u00e9tait le pain du labeur. Nos p\u00e8res et grands-p\u00e8res partaient au travail avec des \u0153ufs frits des deux c\u00f4t\u00e9s enserr\u00e9s entre deux demi-pains, en promenade dans les jardins de la vall\u00e9e. Au retour, toujours dans leur serviette nou\u00e9e au fond de la musette, nous attendions comme des oisillons, la bouche ouverte, cette offrande qui revenait des champs. Demain, Yvon aura ce m\u00eame pain avec des \u0153ufs de mon poulailler pour se sustenter en voyage, il se souviendra de mon enfance. Une tomate, la premi\u00e8re \u00e0 murir dans mon jardin sera cueillie \u00e0 la fra\u00eeche pour son pan bagnat mouill\u00e9 \u00e0 l&rsquo;huile d&rsquo;olive. Il partira comme nos anciens \u00e0 la campagne, il r\u00eavera sur l&rsquo;autoroute&#8230; mais pas trop.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais un peu inquiet depuis quelques jours. Les ports sont bloqu\u00e9s, va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Je gardais le silence pour ne point d\u00e9ranger ses derniers jours \u00e0 la Zinella. Il suit l\u2019actualit\u00e9 et ne semble pas perturb\u00e9 par la gr\u00e8ve, il y voit une occasion de rester plus longtemps. \u00c7a ne l&rsquo;\u00e9meut point outre mesure. La vie est belle par ici mais l\u00e0-bas, on l\u2019attend. Il sait que ce n\u2019est pas de son ressort, il a jet\u00e9 au diable le fatalisme et ne retient que les bons c\u00f4t\u00e9s de la chose. \u00ab On verra s\u2019ils prolongent mon s\u00e9jour ! \u00bb plaisante-t-il. Il irait bien les convaincre de continuer, leur faire dire une messe, mettre un cierge pour que \u00e7a dure, mais l\u00e0 j\u2019exag\u00e8re, j&rsquo;aime l&rsquo;hyperbole. Il ne force rien, ne subit rien, il sait que ses \u00e9tats d\u2019\u00e2me sont peine perdue lorsqu\u2019on n\u2019y peut grand-chose.<\/p>\n<p>Yvon est le dernier de mon camp, comme si je disais le dernier des mohicans par ici. Sans doute le dernier de mes amis venus d\u2019ailleurs, notre temps arrive au bout du calendrier. J\u2019ai beau chercher un indice pour tenter de voir o\u00f9 nous sommes point\u00e9s, rien, je ne vois rien, aucune trace, aucune croix rouge pour signifier le bout du bout, alors, je ferme le carnet du temps et m\u2019en remets \u00e0 la bonne fortune.<\/p>\n<p>Le s\u00e9jour a fil\u00e9 tr\u00e8s vite, je l\u2019avais pr\u00e9venu en arrivant, le temps n\u2019attend pas et la vie trotte puis se met au galop d\u00e8s que les vieilles heures pointent \u00e0 l\u2019horizon tout proche du bout du nez.<\/p>\n<p>Yvon n\u2019est pas de mon avis, il pr\u00e9pare d\u00e9j\u00e0 son retour, c\u2019est pour tr\u00e8s bient\u00f4t dit-il.<br \/>\nL\u2019espoir au bout de l\u2019envie, le sourire \u00e0 la vie, revoir les amis\u2026<\/p>\n<p>A son dernier coup de fil, je lui avais demand\u00e9 de revenir une fois encore avant de franchir l\u2019horizon qui nous attend, Yvon est revenu, c\u2019\u00e9tait une \u00e9vidence.<\/p>\n<p>Il n\u2019y aura plus de surprise, le temps est en roue libre d\u00e9sormais\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13382\" src=\"https:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2019\/06\/img_8451.jpg\" alt=\"IMG_8451\" width=\"895\" height=\"1024\" \/><\/p>\n<p><em>Les bigarreaux Napol\u00e9on sont go\u00fbteux d\u00e9j\u00e0&#8230;<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils sont tous partis. Barth\u00e9l\u00e9my de Castagniccia, Joseph le breton, Francis de nulle part, baroudeur apatride, Camille le discret qui me regardait d\u2019un \u0153il surpris\u2026 Yvon est revenu. \u00ab Pourquoi ai-je attendu tant d\u2019ann\u00e9es avant de revenir ? \u00bb disait-il, le deuxi\u00e8me jour. 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