{"id":12465,"date":"2019-01-17T16:29:35","date_gmt":"2019-01-17T15:29:35","guid":{"rendered":"http:\/\/simonu.blog.lemonde.fr\/?p=12465"},"modified":"2019-01-17T16:29:35","modified_gmt":"2019-01-17T15:29:35","slug":"quand-la-grande-muette-fait-la-sourde-oreille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=12465","title":{"rendered":"Quand la Grande Muette fait la sourde oreille."},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft\"><a href=\"http:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2019\/01\/74361-img_7112.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/simonu.blog.lemonde.fr\/files\/2019\/01\/IMG_7112-300x102.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12467\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Au bout de l&#8217;embrouille, il y a le jour<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ces mots rassembl\u00e9s pour un clin d&rsquo;\u0153il \u00e0 R\u00e9gis, audio-proth\u00e9siste qui s&rsquo;est pench\u00e9 sur mon cas.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette histoire, je l\u2019ai sans doute racont\u00e9e du temps o\u00f9 j\u2019\u00e9crivais et publiais en premier jet. <br>Je vais essayer de faire mieux cette fois-ci. <br>Avec cette longue anecdote, on n\u2019est pas tr\u00e8s loin du film \u00ab\u00a0Les Charlot en vadrouille\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A l\u2019\u00e2ge de cinq ans, je fus frapp\u00e9 d\u2019une surdit\u00e9 partielle \u00e0 la suite d\u2019une prise de m\u00e9dicaments ototoxiques dont les effets \u00e9taient m\u00e9connus \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Bien des ann\u00e9es plus tard, certains g\u00e9n\u00e9ralistes prenaient conscience qu\u2019ils avaient rendu sourds quelques-uns de leurs patients avec cette m\u00e9dication.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019avais \u00ab\u00a0perdu\u00a0\u00bb une oreille et l\u2019autre \u00e9tait atteinte. Vous imaginez facilement que le cours de ma vie allait graviter autour de cette hypoacousie. Les apprentissages scolaires furent retard\u00e9s et notamment celui de la lecture qui intervint tr\u00e8s tard vers l\u2019\u00e2ge de douze ans pour une lecture courante, non encore expressive. Cela ne m\u2019emp\u00eacha pas de progresser, bien plus que normalement pour mon cas, et de fr\u00e9quenter l\u2019universit\u00e9. C\u2019est \u00e0 ce moment que j\u2019entrepris une pratique d\u2019autodidacte car suivre les cours dans un amphith\u00e9\u00e2tre \u00e9tait chose impossible. <br>Apr\u00e8s mon passage \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e, j\u2019ai poursuivi ma formation tr\u00e8s souvent entre moi et moi pour d\u00e9crocher un poste sp\u00e9cialis\u00e9 dans la r\u00e9\u00e9ducation de la lecture et de l\u2019orthographe. <br>Un pied de nez \u00e0 la vie, rendez-vous compte\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne me restait plus qu\u2019\u00e0 r\u00e9gler mon passage \u00e0 l\u2019arm\u00e9e. J\u2019avais vingt-quatre ans d\u00e9j\u00e0, apr\u00e8s les ann\u00e9es de sursis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire commence \u00e0 Tarascon. J\u2019\u00e9tais convi\u00e9 aux trois jours qui jaugent puis dirigent les futurs militaires dans les diff\u00e9rents corps de l\u2019arm\u00e9e. D\u00e8s les \u00e9preuves \u00e9crites, j\u2019\u00e9tais rapidement largu\u00e9. La salle \u00e9tait immense et celui qui posait les consignes orales ne faisait pas dans la dentelle. La routine sans doute. Je n\u2019ai pas vu mon dossier mais j\u2019imagine que j\u2019ai du \u00eatre class\u00e9 parmi les d\u00e9biles l\u00e9gers. Les d\u00e9biles lourds sont \u00e9cart\u00e9s avant \u00ab\u00a0Les trois jours\u00a0\u00bb. <br>Lorsque vint la visite m\u00e9dicale, le g\u00e9n\u00e9raliste me demanda si j\u2019avais quelque chose \u00e0 d\u00e9clarer de particulier. Apprenant mon handicap auditif, il me dirigea vers un officier oto-rhino nomm\u00e9 Casanova, son nom figurait sur la table. Tiens, un compatriote\u00a0! Je me sentais d\u00e9j\u00e0 plus rassur\u00e9. Il me regarda s\u00e9v\u00e8rement et, s\u00e9ance tenante, frappa la branche d\u2019un petit diapason sur le bord de la table puis plaqua le bout du manche sur mon front. O\u00f9 entendez-vous\u00a0? Par l\u00e0 lui dis-je en faisant un vague geste dans mon\u00a0\u00a0&lsquo;espace auditif valide&rsquo;. <br>Il me regarda droit dans les yeux et me dit\u00a0:\u00a0<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>&nbsp;Vous voulez faire le service militaire&nbsp;?&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Ce n\u2019est pas que je ne veux pas le faire mais je suis malentendant pour de bon.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/li><li>H\u00e9 bien&nbsp;! Vous le ferez quand m\u00eame&nbsp;! Et je fus renvoy\u00e9 sur le champ.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques temps plus tard, je recevais mon affectation dans un bataillon semi-disciplinaire en Allemagne. Les ennuis allaient commencer sans que je ne me doute de rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s les premiers jours, le sergent responsable de notre groupe s\u2019occupait de moi comme s&rsquo;il m&rsquo;avait \u00e0 l&rsquo;\u0153il.\u00a0Le matin au rassemblement, il m\u2019inspectait de la t\u00eate aux pieds et trouvait toujours quelque chose qui n\u2019allait pas, ce qui me valait des courses et des pompes plus que de raison. Parfois, on me r\u00e9veillait \u00e0 minuit pour que je nettoie \u00e0 la serpilli\u00e8re la salle audiovisuelle, tout seul \u00e9videmment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un soir, nous part\u00eemes en petites man\u0153uvres sur une colline qui domine la ville de Radolfzell. Nous \u00e9tions \u00e9tendus dans la neige avec le fusil point\u00e9 sur la ville, sans munitions, c&rsquo;\u00e9tait juste pour de faux. Mon ami Batti, un corse, \u00e9tait \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Je lui souffle, histoire de d\u00e9tendre l&rsquo;atmosph\u00e8re en faisant un peu d&rsquo;humour\u00a0: \u00ab\u00a0Si les allemands nous voient, ils vont nous prendre \u00e0 coups de balais et nous n&rsquo;avons m\u00eame pas de cartouches pour nous d\u00e9fendre,  nous serons la ris\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb Lui, riait les yeux ferm\u00e9s, moi, je n&rsquo;entendais pas, apr\u00e8s quelques minutes, nous nous aper\u00e7\u00fbmes que tout le monde \u00e9tait parti, sans doute discr\u00e8tement. C\u2019est lui, en entendant des bruits, qui a rep\u00e9r\u00e9 le groupe un peu plus bas. A cet endroit, un sous-officier donnait \u00e0 chaque soldat des instructions \u00e0 voix basse. Evidemment, je n\u2019ai rien entendu et donc rien compris. Il me tapa sur l\u2019\u00e9paule pour donner le signal de d\u00e9part. Je suis parti sans savoir o\u00f9 aller, j\u2019avais rep\u00e9r\u00e9 un arbre qui se d\u00e9tachait sur la colline juste en face. Je le pris pour cible et mis le cap sur lui sans le perdre de vue. J\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 bien loin lorsque quelqu\u2019un me rattrapa pour me signifier que je n\u2019\u00e9tais pas sur la bonne voie et me fit rebrousser chemin. <br>Allez savoir o\u00f9 j&rsquo;allais atterrir en poursuivant cette vadrouille\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Durant les marches nocturnes, je perdais l\u2019\u00e9quilibre et sortais syst\u00e9matiquement du rang. Le sergent me traitait de con et demandait au caporal de m\u2019apprendre \u00e0 marcher. J\u2019avais beau expliquer que c\u2019\u00e9tait d\u00fb \u00e0 mon audition, ils ne voulaient rien savoir. Je commen\u00e7ais \u00e0 ne plus supporter, j\u2019avais \u00e9tabli un plan d\u2019\u00e9vasion en contournant le lac de Constance, pour d\u00e9barquer en Suisse puis en Italie avant de rentrer en Corse. Un ni\u00e7ois voulait partir avec moi. <br>Quelques jours plus tard, je fus envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019infirmerie pour d\u00e9bouchage d\u2019oreilles. On m\u2019installa devant une bassine remplie d\u2019un m\u00e9lange d\u2019eau et de liquide rose puis on entreprit de me vider une partie du contenu dans les oreilles avec un petit siphon. En sortant de cette \u00e9preuve, je ne savais plus o\u00f9 j\u2019\u00e9tais. Je me rendis dans ma chambre en oubliant ma capote et mon b\u00e9ret accroch\u00e9s dans le couloir de l\u2019infirmerie. Lorsque je suis retourn\u00e9 les chercher, tout avait disparu. Le soir, j\u2019\u00e9tais inquiet car je n\u2019avais plus le n\u00e9cessaire pour me pr\u00e9senter le matin au rassemblement. Batti avait remarqu\u00e9 ma mauvaise humeur. Lorsqu\u2019il en connut la cause, il me fit signe de patienter. Quelques minutes plus tard, il faisait irruption dans la chambre, m\u2019ordonna d\u2019ouvrir le casier et balan\u00e7a des affaires\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019h\u00e8 tuttu !\u00a0\u00bb me lan\u00e7a-t-il. (Tout y est) Je me suis endormi sans trop de difficult\u00e9. Le lendemain, en mettant la capote, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que la personne devait mesurer un m\u00e8tre quatre-vingt-dix. On ne voyait ni mes mains ni mes pieds. Cela n\u2019\u00e9chappa point au sergent aboyeur du matin qui m&rsquo;avait dans le collimateur et crut d\u00e9finitivement que je le faisais expr\u00e8s. L&rsquo;index point\u00e9 sous le nez, l&rsquo;\u0153il mauvais et la voix cassante, il m&rsquo;ass\u00e9na :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Les p&rsquo;tits cons comme toi, ici, on les dresse !<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> J&rsquo;\u00e9tais devenu r\u00e9fractaire \u00e0 toute consigne, ne craignais ni le mitard, ni la fusillade, totalement insensible aux r\u00e9primandes. D&rsquo;ordinaire, un tel traitement et bien moins, \u00e7a calme. Ce fut l&rsquo;effet inverse pour moi, r\u00e9sister et s&rsquo;opposer.<br>La hi\u00e9rarchie commen\u00e7a \u00e0 penser qu&rsquo;il \u00e9tait temps de se pencher sur mon cas avec d&rsquo;autres proc\u00e9d\u00e9s. Apr\u00e8s de nombreux \u00e9pisodes d\u00e9sagr\u00e9ables, notamment dans le bureau d&rsquo;un lieutenant que je refusai de saluer militairement \u00e0 trois reprises, et qui me mena\u00e7a jusqu&rsquo;\u00e0 me mettre plus bas que terre, je fus envoy\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital pour des examens plus pouss\u00e9s. <br>Une aventure nouvelle allait commencer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un soir avant la tomb\u00e9e de la nuit, on me conduisit \u00e0 la gare en jeep avec un ordre de mission. Alors qu\u2019on nous avait interdit de circuler seul en ville pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 (de jeunes allemands nous attaquaient avec des cutters), on m&rsquo;abandonna sur le quai sans aucune recommandation. De surcro\u00eet, j\u2019ignorais \u00e0 quel arr\u00eat je devais descendre \u00e0 Constance. J\u2019ai saut\u00e9 sur le quai dans une gare au hasard (le troisi\u00e8me arr\u00eat dans la ville). Vers minuit et ne sachant o\u00f9 aller, je me suis endormi sur un banc. Aux alentours d\u2019une heure, la police militaire m\u2019a ramass\u00e9 et m\u2019a conduit dans une caserne. Le matin, j\u2019\u00e9tais dirig\u00e9 vers l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La salle oto-rhino \u00e9tait impressionnante. Les appareils d\u00e9mesur\u00e9s semblaient du dernier cri. On se serait cru \u00e0 la NASA pour me former cosmonaute. Tr\u00e8s vite le sp\u00e9cialiste conclut \u00e0 une hypoacousie avec cophose (surdit\u00e9) cong\u00e9nitale d\u2019une oreille. Ce n\u2019\u00e9tait point cong\u00e9nital puisque j\u2019entendais jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de cinq ans mais il n\u2019avait pas toutes les infos \u00e0 sa disposition, l\u2019essentiel \u00e9tait qu\u2019on reconnaisse enfin mon handicap. Il m\u2019annon\u00e7a que je serai r\u00e9form\u00e9, me demanda mon niveau d\u2019\u00e9tude et m\u2019assura qu\u2019on m\u2019affecterait \u00e0 une t\u00e2che administrative dans un bureau en attendant la r\u00e9forme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir confisqu\u00e9 mes fringues, on me mit en pyjama froiss\u00e9 de sorte que les manches couvraient juste les bras pas les avant-bras et les cuisses seulement, pour la partie pantalon. Des espadrilles en guise de chaussures. Je n&rsquo;avais aucune chance de m&rsquo;\u00e9vader avec un tel accoutrement. Nous \u00e9tions au mois de d\u00e9cembre dans un d\u00e9cor neigeux. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s le premier jour, on me tendit des bottes et je fus affect\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9pluchage des pommes de terre dans une salle en contre-bas, inond\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 dix centim\u00e8tres. Nous vidions les sacs dans une machine et nous reprenions tous les tubercules qui sortaient imparfaitement \u00e9pluch\u00e9s. Au bout de quelques minutes, j\u2019avais les doigts glac\u00e9s, paralys\u00e9s, j\u2019ai refus\u00e9 de continuer affolant tout le monde. J&rsquo;avais l&rsquo;impression qu&rsquo;une autre proc\u00e9dure, tout aussi d\u00e9sagr\u00e9able que la premi\u00e8re allait s&rsquo;installer ici, mon instinct de mule r\u00e9calcitrante reprenait le dessus. On me sortit de ce \u00ab\u00a0bureau\u00a0\u00bb pour me placer aux poubelles, tr\u00e8s t\u00f4t le matin suivant. Les mains restaient coll\u00e9es au m\u00e9tal, j\u2019avais tir\u00e9 les manches sur les avant-bras afin de pousser avec les plis internes des coudes, recouverts d&rsquo;un bout de pyjama. J\u2019\u00e9tais observ\u00e9, certains se tamponnaient le pari\u00e9tal (la tempe) du doigt pour signifier que j\u2019\u00e9tais un peu, beaucoup barjot. On ne me garda pas tr\u00e8s longtemps \u00e0 ce poste, on me bombarda en cuisine pour faire la plonge. L\u00e0, j\u2019\u00e9tais \u00e0 l&rsquo;aise avec mes deux bassins d\u2019eau chaude. Une vasque au Teepol pour d\u00e9graisser, l\u2019autre \u00e0 l\u2019eau claire pour rincer. Le boucher \u00e9tait un civil allemand, je n\u2019avais aucun mal \u00e0 lui expliquer que j\u2019aimais le steak sur la plaque chauffante de la cuisini\u00e8re. Il m\u2019en coupait de belles tranches et je buvais la bi\u00e8re non trait\u00e9e au bromure, une marque pour les civils qui travaillaient \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, les identifiait. Cela faisait mes soirs de gloire et temp\u00e9rait mes angoisses d\u00e9brid\u00e9es. <br>J\u2019\u00e9tais aux anges pr\u00eat \u00e0 faire carri\u00e8re \u00e0 la plonge, casseroles et plats \u00e9taient \u00e0 mes ordres, d\u00e9sormais. Les ustensiles sortaient nickel et filaient au pas cadenc\u00e9, en tr\u00e8s peu de temps, je passai \u00ab\u00a0sergent chef\u00a0\u00bb de vaisselle sautant plusieurs grades d&rsquo;un seul coup.  <br>A ce stade, j\u2019ignorais que je n\u2019en avais pas fini avec les m\u00e9saventures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De retour \u00e0 la caserne, je fus \u00ab\u00a0d\u00e9grad\u00e9\u00a0\u00bb sur le champ. <br>Remis en pyjama et condamn\u00e9 \u00e0 garder la chambre jusqu\u2019au retour en France, apr\u00e8s la r\u00e9forme. Le sergent de service venait r\u00e9guli\u00e8rement tirer mon matelas parterre, \u00e0 peu pr\u00e8s toutes les demies heures le matin. Un jour, ils ont eu besoin de moi pour aller chercher des v\u00eatements car les autres militaires \u00e9taient en man\u0153uvres. On me rendit mes habits pour accompagner le chauffeur hors de la ville. Apr\u00e8s avoir sign\u00e9 le papier,\u00a0ce dernier\u00a0s\u2019est aper\u00e7u qu\u2019il avait oubli\u00e9 de compter les effets, il manquait un pantalon et deux vestes. Sans perdre le nord, il me demanda s\u2019il pouvait dire que c\u2019\u00e9tait de ma faute, je ne risquais rien. Evidemment, ils ont cru que je les avais enquiquin\u00e9s jusqu\u2019au bout. M\u00eame les militaires de ma chambr\u00e9e me mena\u00e7aient, je ne dois mon salut qu\u2019\u00e0 Batti qui vint dans la chambre avec d\u2019autres amis, les pr\u00e9venir que je n\u2019\u00e9tais pas seul. L\u00e0, tout s\u2019est arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Batti, je l\u2019ai revu quarante ans plus tard. Il se souvenait de tout, de mon plan d&rsquo;\u00e9vasion qu&rsquo;il \u00e9tait encore capable de d\u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque je fus lib\u00e9r\u00e9 deux mois apr\u00e8s mon arriv\u00e9e, j\u2019avais l\u2019impression de revenir de guerre. Le train \u00e9tait tr\u00e8s lent, j\u2019ai cru que Strasbourg \u00e9tait au bout du monde. Aux alentours de minuit, j&rsquo;errais sur la grande place Kl\u00e9ber,  un peu perdu.  J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de f\u00eater mon retour en France. Je crois que j&rsquo;ai mang\u00e9 la meilleure choucroute de ma vie.&nbsp;Attabl\u00e9 seul, et chose \u00e9tonnante, moi qui cherche toujours un coin discret, je m\u2019\u00e9tais install\u00e9 bien en vue sur la grand-place presque d\u00e9serte<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis j\u2019ai pris le train pour Nice. Un long trajet que je d\u00e9crirai dans un autre texte car ce fut une autre mini-aventure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque je suis arriv\u00e9 devant la porte de celle qui m\u2019attendait sans \u00eatre pr\u00e9venue de ma lib\u00e9ration, comme un clin d\u2019\u0153il \u00e0 mes m\u00e9saventures, elle sortait avec son classeur sous le bras pour rejoindre sa fac.\u00a0Elle ouvrait la porte du couloir au moment o\u00f9 j&rsquo;allais la pousser. <br>Ses sautillements de joie ont effac\u00e9 en quelques secondes toutes les p\u00e9rip\u00e9ties d\u00e9sagr\u00e9ables que je venais de subir, en si peu de temps. C\u2019est une image que j\u2019ai gard\u00e9e en moi, nous avons v\u00e9cu une apr\u00e8s-midi de r\u00eave, j\u2019en avais bien besoin, elle aussi, je crois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pourquoi, j\u2019ai toujours cultiv\u00e9 les contrastes de le vie\u2026<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft\"><a href=\"http:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2019\/01\/80b02-img_7114.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/simonu.blog.lemonde.fr\/files\/2019\/01\/IMG_7114-300x141.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12468\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft\"><a href=\"http:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2019\/01\/fc1f6-img_7115.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/simonu.blog.lemonde.fr\/files\/2019\/01\/IMG_7115-300x166.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12469\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au bout de l&#8217;embrouille, il y a le jour. Ces mots rassembl\u00e9s pour un clin d&rsquo;\u0153il \u00e0 R\u00e9gis, audio-proth\u00e9siste qui s&rsquo;est pench\u00e9 sur mon cas. Cette histoire, je l\u2019ai sans doute racont\u00e9e du temps o\u00f9 j\u2019\u00e9crivais et publiais en premier jet. Je vais essayer de faire mieux cette fois-ci. Avec cette longue anecdote, on n\u2019est<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=12465\">Lire la suite de <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0Quand la Grande Muette fait la sourde oreille.\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":14095,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[11],"tags":[1699],"class_list":["post-12465","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-divers","tag-service-militaire"],"aioseo_notices":[],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/paTogX-3f3","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12465","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12465"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12465\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12465"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12465"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12465"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}