{"id":11858,"date":"2018-08-22T16:43:43","date_gmt":"2018-08-22T15:43:43","guid":{"rendered":"http:\/\/simonu.blog.lemonde.fr\/?p=11858"},"modified":"2018-08-22T16:43:43","modified_gmt":"2018-08-22T15:43:43","slug":"les-savonnettes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=11858","title":{"rendered":"Les savonnettes."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Sur la photo, Alain, mon autre ami, qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec cette histoire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est la suite logique \u00e0 \u00ab Perlimpinpin \u00bb. Je n\u2019avais pas sp\u00e9cialement song\u00e9 \u00e0 donner une suite, ce sont les divers commentaires qui m\u2019y ont conduit.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft\"><a href=\"http:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2018\/08\/17644-image0-009.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/simonu.blog.lemonde.fr\/files\/2018\/08\/image0-009-198x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11861\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ces ann\u00e9es estudiantines, je vivais un peu au jour le jour. Je fr\u00e9quentais un bar sur le chemin de la fac. Les propri\u00e9taires avaient bien compris mon mode de vie du moment et se montraient, discr\u00e8tement, tr\u00e8s attentifs. Ils me r\u00e9servaient une table dans un coin, un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, avec deux chaises, une pour moi et l\u2019autre pour un \u00e9ventuel visiteur. D\u00e8s qu\u2019ils me voyaient arriver, ils savaient que c\u2019\u00e9tait un blanc doux suivi d\u2019un \u0153uf mayonnaise avec un peu de salade autour. Un seul, coup\u00e9 en deux, on disait deux \u0153ufs mayonnaise \u00e0 tort. C\u2019\u00e9tait tout ce que je pouvais payer. Parfois, ils me servaient une blanquette de veau sans prendre mon avis, c\u2019\u00e9tait mon jour de cocagne. Tout se faisait sans un mot, juste un regard ou un sourire et rien d\u2019autre. Je me souviens d\u2019un jour, sortant de \u00ab Chez Jacques \u00bb, la t\u00eate basse, j\u2019ai crois\u00e9 une fille qui \u00e9tait dans le m\u00eame amphith\u00e9\u00e2tre que moi. On ne s\u2019\u00e9tait jamais parl\u00e9 mais nous nous connaissions de vue. J\u2019ai fil\u00e9 sans un regard et sans un mot. Je n&rsquo;\u00e9tais pas un foudre de guerre, plut\u00f4t timide bien que branch\u00e9 sur la gente f\u00e9minine, comme \u00e7a tombait. S&rsquo;il y avait ippon, cela venait toujours de leur prise efficace. Sacr\u00e9es filles !\u00a0 Elle m\u2019a interpell\u00e9 : \u00ab Alors, on b\u00eache ? \u00bb Je ne connaissais pas cette expression qui signifie snober. Je l\u2019ai regard\u00e9e, un peu interloqu\u00e9, m\u2019interrogeant sur le sens de son interpellation puis sans rien dire, j\u2019ai fonc\u00e9 t\u00eate rebaiss\u00e9e. Je me demandais ce que je faisais l\u00e0 et r\u00eavais de retourner dans mon quartier au fond du village o\u00f9 seul mon p\u00e8re b\u00eachait\u2026 Le temps \u00e9tait morose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toussaint se souciait de me trouver un boulot. Tous les matins tr\u00e8s t\u00f4t, il \u00e9pluchait les petites annonces. Chez nous, au village, on s\u2019informait aupr\u00e8s de connaissances, on ne fouillait pas les offres d\u2019emploi qui du reste n\u2019existaient pas dans notre r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un matin, il m\u2019annon\u00e7a, presque triomphant, \u00ab \u00c7a y est, je t\u2019ai trouv\u00e9 du travail mais il faut faire vite ! \u00bb Presque s\u00e9ance tenante, bien avant huit heures, nous sommes partis en 2cv en direction d&rsquo;un quartier ni\u00e7ois que je ne connaissais pas. J\u2019ignorais la nature de l&rsquo;offre. Nous \u00e9tions cinq ou six en attente devant une porte d\u2019immeuble au rez-de-chauss\u00e9e. A mon tour, Toussaint, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 me faire trouver travail, me poussa pour que je ne me laisse pas voler ma place.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait une pi\u00e8ce ordinaire d\u2019une quinzaine de m\u00e8tres carr\u00e9s aux murs nus, en ciment brut. Pas la moindre trace de peinture. Aucune affiche, aucun d\u00e9cor. Un bureau rudimentaire qui semblait avoir \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te habillait un coin, un homme assis me salua m\u00e9caniquement sans bouger de sa place. Il r\u00e9cita, comme on psalmodie une pri\u00e8re, une sorte d\u2019explication exp\u00e9ditive. Visiblement, il n\u2019avait rien \u00e0 cirer des diff\u00e9rents \u00e9tats d\u2019\u00e2mes, ici on va droit au but comme \u00e0 l\u2019OM. Je n\u2019ai rien compris. Le bonimenteur sortit un carton rempli de produits divers et me dit \u00ab Voil\u00e0, \u00e7a fait quatre cents francs ! \u00bb Je n\u2019avais pas un sou sur moi. C\u2019est Toussaint qui avan\u00e7a la somme. J\u2019\u00e9tais encore sonn\u00e9 et absolument pas pr\u00e9par\u00e9 pour ce genre d\u2019exercice. On m\u2019embarqua dans une fourgonnette pour me d\u00e9poser dans un quartier inconnu. L\u00e0, je devais faire du porte \u00e0 porte pour vendre des savonnettes le double de ce qu\u2019elles m&rsquo;avaient co\u00fbt\u00e9. El\u00e9mentaire ! Toutes les portes me claquaient au nez. Pas une ne fut hospitali\u00e8re. Lorsque mon ami me vit sortir de l&rsquo;immeuble, la queue basse et au bord des larmes, il me sermonna un moment, r\u00e9cup\u00e9ra le lot d\u2019\u00e9chantillons et en une matin\u00e9e vendit tous les produits \u00e0 des amis ou \u00e0 des connaissances. Rebondissant d\u2019amis en connaissances d\u2019amis, le tour \u00e9tait rapidement boucl\u00e9. Ce n\u2019\u00e9tait pas de la mauvaise volont\u00e9 de ma part, la vente est le pire m\u00e9tier pour moi. Je sais peut-\u00eatre me vendre, mais je suis incapable de vendre quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quarante ans plus tard, Toussaint qui me disait toujours \u00ab Si tu attends que le travail vienne te chercher dans le lit\u2026 \u00bb me prit \u00e0 part et me demanda pardon. Puis s\u2019adressant \u00e0 des villageois ( Sollacaro) qui discutaient avec nous, il d\u00e9clara : \u00ab Vous voyez celui-l\u00e0, c\u2019est mon ami. Un jour, je l\u2019ai oblig\u00e9 \u00e0 vendre. Quel imb\u00e9cile j\u2019\u00e9tais ! Eru tontu ! (J\u2019\u00e9tais fou !) \u00bb Nous nous sommes regard\u00e9s, un regard r\u00e9trospectif, je crois que toute notre histoire a d\u00e9fil\u00e9 en quelques secondes.<br>\nApr\u00e8s cet \u00e9pisode du d\u00e9marcheur ne sachant pas d\u00e9marcher, nous \u00e9tions loin d\u2019imaginer que quelques mois plus tard, le travail allait venir me chercher et me trouver \u00e0 la maison, presque dans mon lit, d\u2019une mani\u00e8re tant originale qu\u2019inattendue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous trouverez cette anecdote surprenante en lisant le texte \u00abPisser dans une contrebasse\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur la photo, Alain, mon autre ami, qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec cette histoire. C\u2019est la suite logique \u00e0 \u00ab Perlimpinpin \u00bb. Je n\u2019avais pas sp\u00e9cialement song\u00e9 \u00e0 donner une suite, ce sont les divers commentaires qui m\u2019y ont conduit. 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