{"id":10490,"date":"2017-12-30T18:16:45","date_gmt":"2017-12-30T17:16:45","guid":{"rendered":"http:\/\/simonu.blog.lemonde.fr\/?p=10490"},"modified":"2017-12-30T18:16:45","modified_gmt":"2017-12-30T17:16:45","slug":"un-ballon-dans-les-reves","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=10490","title":{"rendered":"Un ballon dans les r\u00eaves."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify;\"><em>Je d\u00e9die ce texte \u00e0 Paul Orsatti, gardien de but qui fit une brillante carri\u00e8re professionnelle. Jeune joueur l\u00e9vianais, je ne manquais pas une occasion de l&rsquo;admirer dans les bois quenzais. Il lui arrivait de jouer pieds nus pour aller cueillir avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 la balle dans une lucarne. Nous redoutions sa pr\u00e9sence et sa souplesse l\u00e9gendaire qui lui valut le sobriquet de \u00ab\u00a0chat de Quenza\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Lorsque nous \u00e9tions enfants, outre les jeux ordinaires du cerceau, des bateaux en bois de f\u00e9rule, des lance-pierres, des billes, du sou trou\u00e9, le ballon tenait une place importante. La moindre balle en caoutchouc \u00e9tait l\u2019occasion d\u2019organiser une partie de foot improvis\u00e9e sur n\u2019importe quelle place. A la Navaggia, c\u2019\u00e9tait Piazza di Coddu \u00e0 l\u2019ombre du grand ormeau et du cerisier d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e2g\u00e9. Au c\u0153ur du village, c\u2019\u00e9tait la place de l\u2019\u00e9glise A Piazzona qui tenait lieu d\u2019aire de calcio. Fran\u00e7ois le dentiste qui nous surveillait depuis sa terrasse en attendant qu\u2019une anesth\u00e9sie fasse son effet, nous prodiguait ses conseils avec force gestes \u00e0 l\u2019appui. Il nous faisait signe d\u2019\u00e9largir le jeu en nous conseillant de ne pas tous courir apr\u00e8s le ballon en m\u00eame temps. Son point d\u2019observation qui surplombait la place, lui permettait de mieux voir le jeu. Nous progressions ainsi. Il ne manquait jamais de venir se m\u00ealer \u00e0 nous pour quelques shoots qui claquaient vivement contre le grand mur. Il adorait tenter quelques feintes et nous, tant\u00f4t adversaires, tant\u00f4t partenaires, nous ob\u00e9issions \u00e0 son signal : \u00ab Fughji ! N\u2019u tavonu ! \u00bb \u00ab Venni, venni ! A t\u00e8, a t\u00e8 ! \u00bb C\u2019\u00e9taient des moments intenses de courses folles comme de courses orient\u00e9es vers un jeu plus construit. Cela durait le temps d\u2019une pause avant qu\u2019il ne retourne voir si quelqu\u2019un s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 son cabinet tout proche, pouss\u00e9 par une rage de dents soudaine. Une belle proximit\u00e9 entre notre chirurgien-dentiste et les enfants du village venus des quartiers environnants tenter quelques dribles un peu fous. Nous adorions son passage sympathique, \u00e9clair mais soutenu, parmi nous.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Nous jouions avec un ballon rapi\u00e9c\u00e9 parfois avec un gros ballon de basket difficile \u00e0 bouger et surtout capable de vous assommer sur un coup de t\u00eate. Les coutures en relief, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur le plus souvent, laissaient leur estampille sur le front. Des signatures qui nous permettaient de compter les coups de t\u00eate. Qui avait le front lisse \u00e9tait suspect\u00e9 de s\u2019\u00eatre baiss\u00e9 souvent pendant la partie pour \u00e9viter le ballon assommoir. Tout objet ressemblant vaguement \u00e0 une balle nous suffisait pour engager une rencontre.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Nos apprentissages plus s\u00e9rieux, nous les exer\u00e7\u00e2mes sur le stade de Jean-Jean \u00e0 quelques pas de l\u2019\u00e9glise sous les ch\u00e2taigniers qui tenaient lieu de vestiaires. Nous prenions soin d\u2019\u00e9carter toutes les bogues qui tra\u00eenaient par terre, il nous arrivait pourtant de nous assoir par m\u00e9prise sur une coque h\u00e9riss\u00e9e\u2026 Les matches \u00e9taient interminables. Nous allions aux douze buts, les parties s\u2019achevaient souvent \u00e0 la nuit tomb\u00e9e. Depuis la colline de Cacareddu, juste en face, ma m\u00e8re m\u2019appelait pour aller chercher les ch\u00e8vres, je quittais la partie sur le champ et filait vers les bruy\u00e8res et les gen\u00eats en appelant les biquettes \u00ab T\u00e8 t\u00e8 ! T\u00e8, t\u00e8 ! \u00bb C\u2019est ainsi, toujours en courant, que j\u2019entretenais mon souffle, j\u2019ignorais que cela aurait une forte influence par la suite.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Au Lyc\u00e9e, je fis la connaissance de nombreux footballeurs de Porto-Vecchio, de Sart\u00e8ne, de Propriano, tous tr\u00e8s dou\u00e9s pour ce sport. Claude Papi, le plus magique d\u2019entre tous fera la carri\u00e8re que chacun connait. D\u2019autres auraient sans doute pu engager un parcours professionnel honorable. Le vivier \u00e9tait riche de joueurs \u00e0 la technique fine et perfectible, comme de solides remparts pour la d\u00e9fense. J\u2019\u00e9tais le plus gringalet mais dot\u00e9 d\u2019un fond in\u00e9puisable et d\u2019une bonne technique. Je r\u00eavais mes matches la veille de chaque rencontre, toujours en milieu de terrain.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">C\u2019est \u00e0 cette p\u00e9riode que je pris ma premi\u00e8re licence \u00e0 Sart\u00e8ne pour le championnat de promotion. Je pr\u00e9f\u00e9rais diriger le jeu, h\u00e9las on m\u2019utilisait toujours pour g\u00eaner le meneur de jeu adverse que je ne devais jamais quitter d\u2019une semelle. On m\u2019appelait \u00ab la tique \u00bb tant je prenais ce r\u00f4le d\u00e9test\u00e9, \u00e0 c\u0153ur. J\u2019enrageais d\u2019\u00eatre ainsi sacrifi\u00e9. J\u2019esp\u00e9rais qu\u2019un jour, en prenant de l\u2019anciennet\u00e9, j\u2019acc\u00e9derai \u00e0 un autre statut\u2026 Mon endurance de coureur de fond me pr\u00e9disposait \u00e0 ce r\u00f4le selon l&rsquo;entraineur&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Contre Bonifacio, ma b\u00eate noire se nommait Gzabo (orthographe incertaine), un l\u00e9gionnaire d\u2019origine allemande. Un gaillard trapu, bien camp\u00e9 sur ses jambes, le centre de gravit\u00e9 tr\u00e8s bas, ind\u00e9racinable. Lorsqu\u2019il me sentait \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, d\u2019un coup d\u2019\u00e9paule bien plac\u00e9, il m\u2019envoyait valdinguer \u00e0 une dizaine de m\u00e8tres et parfois hors de l\u2019aire de jeu. J\u2019\u00e9tais un \u00e9lastique, me relevais aussit\u00f4t\u2026 Jamais, je ne me tordais de douleur feinte, c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9quipe d\u2019abord et pour cela, il fallait se relever instantan\u00e9ment. J\u2019essayais de l\u2019amadouer en lui parlant, il me r\u00e9pondait inlassablement par des bruits de l\u00e8vres \u00ab brrr, brrr, brrr \u00bb qui m\u2019impressionnaient encore plus avec son regard noir et s\u00e9v\u00e8re. Contre Migliacciaru, je devais surveiller de pr\u00e8s un colosse gabonais (je dis gabonais mais je ne connaissais pas son origine, par les temps qui courent, il est mal venu de citer une couleur) d\u2019un m\u00e8tre quatre-vingt-dix nomm\u00e9 Chicheportiche. Il \u00e9tait plus souriant que le bonifacien car il n\u2019avait aucun mal \u00e0 m\u2019\u00e9carter du bras pour me tenir \u00e0 distance de ses pieds. Mon insistance d\u2019infatigable coureur finissait tout de m\u00eame par l\u2019agacer\u2026 Chien de garde n\u2019\u00e9tait pas mon r\u00f4le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, j\u2019en cauchemardais la nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">La seule fois o\u00f9 je fus r\u00e9ellement heureux durant un match fut une rencontre L\u00e9vie\/Aull\u00e8ne. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, Alex Fittipaldi, ancien cadet corse, \u00e9tait notre capitaine. Il m\u2019avait rep\u00e9r\u00e9, m\u2019encourageait et me prot\u00e9geait. L\u00e9vie b\u00e9n\u00e9ficia d\u2019un p\u00e9nalty. Il \u00e9carta tous les pr\u00e9tendants au tir r\u00e9parateur et m\u2019imposa pour ce face \u00e0 face avec le gardien. Tr\u00e8s surpris, j\u2019ai refus\u00e9. Il m\u2019a transport\u00e9 jusqu\u2019au point blanc, j\u2019\u00e9tais paralys\u00e9, je ne voyais ni goal ni cadre et pour tout arranger, les supporters de L\u00e9vie s\u2019\u00e9taient mass\u00e9s derri\u00e8re les bois. Je ne saurais vous dire comment j\u2019ai fait pour tromper le talentueux Guillochon alors que j\u2019\u00e9tais dans le brouillard total. Laurent Galluci qui s\u2019\u00e9tait plant\u00e9 aux premi\u00e8res loges me poursuivit sur le terrain puis me souleva avant de me porter en triomphe sur son \u00e9paule. Ce fut un moment inoubliable qui ne quitta jamais ma m\u00e9moire. Le soir au bar chez Vescu, Laurent m\u2019a tout racont\u00e9. Comment j\u2019avais pench\u00e9 la t\u00eate pour tromper le gardien, le tir \u00e0 contrepied. Je ne savais pas comment j\u2019avais r\u00e9ussi mon coup, c\u2019est lui qui m\u2019en r\u00e9v\u00e9la les images. J\u2019ai gard\u00e9 ce moment de bonheur au fond de moi-m\u00eame et j\u2019en souris encore, tout seul, en cachette. Plus aujourd\u2019hui puisque je viens de tout r\u00e9v\u00e9ler.<br \/>\nComment voulez-vous, avec de tels moments, oublier votre pass\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Une derni\u00e8re anecdote pour finir ce passage.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Une ann\u00e9e, Julien B. tr\u00e8s connu \u00e0 L\u00e9vie, est arriv\u00e9 de Marseille pour les vacances estivales avec un ballon tout neuf. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois, il esp\u00e9rait l\u2019\u00e9trenner \u00e0 Ciciniccia lors du tournoi de la Saint Laurent. Je crois que c\u2019\u00e9tait encore contre l\u2019\u00e9quipe d\u2019Aull\u00e8ne. Tout se d\u00e9roulait normalement lorsque l\u2019arbitre siffla un coup franc contre L\u00e9vie. Julien n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord et de nombreuses palabres s\u2019engag\u00e8rent avec l\u2019arbitre b\u00e9n\u00e9vole. C\u2019\u00e9tait courant \u00e0 l\u2019\u00e9poque, sauf lorsque Toussaint Marcellesi, \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 et la rigueur naturelle, officiait. Lui, \u00e9tait toujours respect\u00e9. Exasp\u00e9r\u00e9, notre Julien l\u00e9vianais s\u2019empara du ballon, le pla\u00e7a sous le bras et quitta le terrain en criant \u00e0 qui voulait l\u2019entendre : \u00ab Le ballon est \u00e0 moi, je m\u2019en vais, d\u00e9brouillez-vous ! \u00bb Les joueurs d\u2019Aull\u00e8ne parlement\u00e8rent avec l\u2019arbitre qui retourna la faute contre l\u2019\u00e9quipe adverse. Tout naturellement, le joueur revint avec son ballon et la partie se poursuivit jusqu\u2019\u00e0 son terme sur une victoire d\u2019Aull\u00e8ne\u2026 Une \u00e9quipe redoutable, difficile \u00e0 battre.<\/p>\n<p>Il y a bien d&rsquo;autres anecdotes, voil\u00e0 pourquoi je me tourne si souvent vers le pass\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2017\/12\/0df82-lc3a9vie2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-10494\" src=\"http:\/\/simonu.blog.lemonde.fr\/files\/2017\/12\/l\u00e9vie2-300x179.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"179\" \/><\/a><em> <a href=\"http:\/\/simonuhome.files.wordpress.com\/2017\/12\/cc8f1-lev2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-10495\" src=\"http:\/\/simonu.blog.lemonde.fr\/files\/2017\/12\/lev2-300x181.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"181\" \/><\/a>Images fournies par Albert Fabiani.<br \/>\nCliquez sur les photos.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je d\u00e9die ce texte \u00e0 Paul Orsatti, gardien de but qui fit une brillante carri\u00e8re professionnelle. Jeune joueur l\u00e9vianais, je ne manquais pas une occasion de l&rsquo;admirer dans les bois quenzais. Il lui arrivait de jouer pieds nus pour aller cueillir avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 la balle dans une lucarne. Nous redoutions sa pr\u00e9sence et sa souplesse<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/lecoursdelavie.com\/?p=10490\">Lire la suite de <span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0Un ballon dans les r\u00eaves.\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[21],"tags":[93],"class_list":["post-10490","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","tag-anecdotes-de-foot"],"aioseo_notices":[],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/paTogX-2Jc","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10490","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10490"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10490\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10490"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10490"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecoursdelavie.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10490"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}