Casseroles.

Traîner quelques casseroles a toujours été un gage de bonne cuisine électorale. En traîner une ou deux, montre que l’on s’est bien servi  et que le coup de spatule est sûr.

Il existe toutes sortes d’ustensiles, des plus sophistiqués encore nickels à ceux au fond tout noir qui trahit le coutumier du mijotage.

Du trempage dans des affaires de liquidités à la tambouille de scrutins truqués, les paniers de crabes, les marmelades, les salades composées, les charcutages et autres panades accompagnent inévitablement nos chers cuisiniers de la démocratie. C’est inévitable si vous voulez du monde à votre table.

Il existe, par-ci, par-là, quelque chef de rang qui n’a jamais touché la queue d’une casserole, mais ceux-là dînent tout seuls ou avec très peu de convives à leurs côtés. Généralement on les voit rôder autour de la cuisine sans qu’on leur permette d’y pénétrer. S’ils devaient rentrer dans l’office, on se demande bien si l’on aurait droit à quelque mets épicé, à quelque sauce grand veneur, à quelque fricassée… probablement du steak frites ou du poulet purée tous les jours. Ils nous en lasseraient ou s’en lasseraient et finiraient par nous rouler dans la farine.

 On connait ceux qui n’étaient pas d’accord avec le menu mais qui l’ont servi quand même en avouant leur amertume après la fermeture du restaurant. Ils ont peu de chances de se retrouver à une table présidentielle… et les deuxièmes couteaux bien affûtés qui se sont sucrés sur l’achat des ingrédients.

Et puis, il y a les grands maîtres queux de la République qui ont perdu leurs étoiles au grand livre culinaire s’étant fait prendre la main dans le sac… Certains vont même être interdits de popote ; les autres, il y a belle lurette qu’ils ne cuisinent plus. Ils ont fait leurs salades en des temps plus cléments.

Finalement,  on entre puis ressort de la cuisine avec une casserole accrochée à ses basques… L’essentiel étant d’éviter d’en partir avec un chaudron.

Un tel boucan vous écarterait définitivement de toute poêle pour vous interdire d’omelette ou d’œufs brouillés.

 

Si, à travers ces descriptions vous avez reconnu au passage, le chef, le coq, le cuistot ou le maître saucier, c’est que cela doit être vrai et que vous avez été perspicace. Toute ressemblance avec la réalité n’aura pas été, à vos yeux, pure coïncidence…

Les présidentielles sont toutes proches… On s’en apercevra après les vacances. Les tables commencent à être dressées, les cartons des convives à être placés. Ce n’est pas le moment de dévoiler ses batteries… de casseroles !

Et, avis aux amateurs : Qui entre en politique avec une âme de candide, peut en ressortir un entonnoir sur la tête, généralement posé par les copains facétieux ou bien intentionnés. Pousse-toi que j’m’y mette !

On ne risque pas la pénurie de casseroles… Ça grouille autour de la table, même si c’est du rata.

1 Comment

  1. J’aime beaucoup ces chroniques… distanciées, d’une ironie et d’un sarcasme doux.

    Je trouve que vous devriez en publier de temps en temps dans les chroniques d’abonnés; mais pas trop souvent : vous vous feriez une réputation qui vous nuirait pour vos autres publications.

    Mais les chroniques d’abonnés auraient bien besoin de cette ironie distanciée, critique, mais légère, pas méchante…

    Et vous y avez un sacré talent !!

    Bravo pour votre chronique « Contrastes », vous faites bien de rappeler que nous avons besoin de dialogue…

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