Concert de rainettes.

DSC_0010N’oubliez pas, ce soir, concert autour du bassin !
Pour faire rêver les enfants.
Les petites sont arrivées.
Cet après-midi, je disais à Margault la cadette : « Après avoir fermé les poules ce soir, nous irons écouter le chant des grenouilles, l’orchestre nocturne ».
Vous imaginez bien que le soir, après une journée largement remplie, j’avais oublié les anoures* du bassin. Nous sommes descendus fermer les poules et ramasser les œufs de la journée. Une excellente occasion pour faire compter globalement, sans détailler. Une vision immédiate : « Tiens quatre poules, il y a quatre œufs ». C’est ainsi que les concepts de base se mettent en place, sans faire de leçon mais en regardant, en s’exprimant spontanément et s’il y a erreur, on rectifie simplement sans s’appesantir. La vie toute simple qui se joue en direct, qui structure un enfant confronté à la réalité, au vécu. Un mot nouveau est lâché : « Tu vois, c’est là qu’elles s’isolent pour pondre dans la paille, c’est un pondoir… » Inutile de minauder de faire cucul la praline, un enfant comprend et retient. Une autre fois, on répètera dans une autre foulée puis ce sera retenu. Voilà deux nouveaux mots dans l’escarcelle, un mot qui fera rêver, qui en pondra beaucoup d’autres parce que l’envie de savoir commence à couler de source.
Faire simple c’est parler normalement. Inutile de passer par pot pot, pan pan ou moumou pour manger. Temps perdu. Mon grand défaut c’est de faire de l’humour comme si mes petites filles étaient des grandes. Parfois, elles froncent les sourcils. Réaction normale, alors je souris et elles aussi. Elles ont compris que je plaisante sans savoir ce que j’ai voulu dire. L’essentiel c’est de leur tirer un « Coquin Missiaù ! » Elles se forgent un état d’esprit à faire fleurir le sourire.
Ce soir donc, j’avais oublié. Margault était prête avec sa lanterne. Je croyais qu’elle se préparait à aller dormir. Elle m’a pris par la main en disant : « On y va Missiaù ? » « Où ? » « Ecouter l’orchestre nocturne ». Je n’y pensais plus et les grenouilles n’étaient pas au rendez-vous. Le calme régnait autour de la maison.
Lorsque la lune était bien haute et la nuit bien éclairée, Margault est revenue me voir avec la lampe : «Ça y est, elles chantent ! ».
Nous sommes descendus dans le jardin et nous nous sommes assis sur les marches hautes à côté du bassin. Le silence était absolu, notre arrivée avait sans doute dérangé l’orchestre en plein concert. Nous regardions le ciel piqueté d’étoiles qui clignotaient. Elles nous saluaient peut-être. Nous ne disions rien. Nous nous regardions en allongeant le cou  pour évoquer le mystère en silence. Et puis à deux mètres de nous, le chef de cérémonie donna le tempo et ce fut un concert de rainettes dans la nuit douce. Rien que pour nous. J’ai allumé la lampe, elles ont continué à coasser. Deux yeux brillaient dans l’angle du bassin, on devinait la tête de la diva… Un long moment nous avons écouté… puis, Margault rêveuse s’est levée, m’a embrassé et est allée se réfugier dans son lit… quelques minutes plus tard, elle dormait déjà. Je l’imaginais dans le ciel porteur de rêves en train de compter les grenouilles vertes… Celles qui sautent d’étoile en étoile pour jouer avec les enfants…
Des souvenirs s’installent et la nuit, ils sont plus forts encore…. La vie passe et laisse ses traces. Une petite fille et son grand-père sous la vouté étoilée s’inventent des mondes mystérieux…
*Anoure=amphibien sans queue comme la grenouille.

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